Tout commence avec Raymond Vimont en 1945 à Bihorel (Seine-Maritime). Et tout se poursuit aujourd’hui avec Louise, 24 ans, son arrière-petite-fille qui a choisi de reprendre le salon de coiffure familial, situé sur la place de l’église. Quatre générations de coiffeurs installées sur les plateaux nord de Rouen, même si, à l’origine, l’aïeul tenait sa première affaire dans l’Eure, à Lieurey, tout à côté de sa femme, modiste. « C’est durant la guerre qu’ils sont venus à Rouen, rue Lafayette d’abord », rembobine le père de Louise assis dans l’arrière-boutique, autrefois un garage devenu le bureau de sa fille. « Mais leur salon a été détruit par les bombes et ils ont acheté ici ».A l’origine, le salon est dédié aux hommes. La spécialité de Jacques. Lui est venu à la coiffure pour l’ambiance et les relations humaines, même si à ses débuts il n’hésite pas à s’essayer aux concours, histoire de faire ses preuves. « Dans mon métier, pour connaître la tendance chez les hommes il fallait suivre la coupe de joueurs de foot ! » résume le professionnel. « Dans les années 1970, c’était les Verts avec Rocheteau, Platini… Tout le monde voulait avoir les cheveux longs. Et il ne fallait pas parler de tondeuse. Ça faisait trop service militaire ! »Au début des années 1990, il décide de passer à la coiffure mixte. Une nouvelle révolution après celle des rendez-vous, presque une hérésie à ses débuts lorsqu’il reprend le salon de son père Jean après avoir obtenu son BP en octobre 1971. « J’en ai entendu. Les anciens disaient : Si le coiffeur, ça devient comme chez le médecin ! »Changement de parcours en plein CovidPour Louise, le salon, c’est presque une seconde maison. Depuis qu’elle est haute comme trois pommes, tous les habitués la connaissent. Et ici, ce n’est pas ça qui manque. « J’ai un client qui était étudiant en médecine quand je l’ai connu, sourit Jacques. Et il vient tout juste de prendre sa retraite ». A 78 ans, s’il passe encore donner quelques coups de ciseaux pour ses clients les plus fidèles, c’est bien Louise qui a repris les rênes du salon. Alors qu’à l’origine la jeune femme ne se destinait pas du tout à l’univers capillaire. « J’ai fait l’Essec à Cergy. J’aime les maths, la finance… Je ne pensais pas reprendre l’affaire ». Comme l’explique son père, « c’était une élève brillante qui avait été acceptée dans les meilleures écoles. Je voulais lui laisser faire son chemin ». Lui avait fait une croix sur une éventuelle succession et préparait son départ.Seulement voilà, le Covid et le confinement passent par là. « Ça m’a donné le temps de réfléchir à mon avenir », se remémore la nouvelle patronne. « Je ne trouvais pas mon compte dans le cursus que j’avais choisi. Mais j’avais tout de même envie d’entreprendre, d’être autonome… ». La suite coule presque de source. Louise intègre un Bachelor Coiffure en trois ans initié par L’Oréal. Se forme à la technique et à la gestion. Et prend la succession de Jacques en 2024, presque 80 ans après la naissance du salon Vimont. Son père l’avoue : « Je n’y croyais pas. C’était une immense surprise qui m’a tout simplement rendu heureux ». Raymond aurait sans doute été fier.