C’est ce que l’on appelle des déclarations spontanées. Deux hommes arrêtés dans le cadre de l’opération «Golf», que nous avons nommés Guillaume et Arash (tous les prénoms de cet article ont été modifiés), sont interrogés sur le trafic de cocaïne. Ils ne savent pas encore qu'une procédure pour viol a été ouverte, après les déclarations de Véronique aux policiers le 27 mars 2020.Quand les enquêteurs évoquent cette sommelière française qui travaillait dans un bar proche de Sion, quelque chose de surprenant se produit: les deux suspects, interrogés séparément, déclarent spontanément avoir eu une relation sexuelle avec elle, au cours d'une soirée passée à son domicile, en présence de Besmir, l’ancien compagnon de Véronique. Sans qu'on le leur demande, ils donnent des détails. Arash dit n'avoir pas réussi à avoir une érection. Guillaume raconte s'être inquiété d'avoir éjaculé sans préservatif.
Pas de bagarre
Ces deux détails – le problème d'érection, l'éjaculation sans protection – correspondent à ce que Véronique a déclaré sur ses violeurs. Les enquêteurs n'iront pas chercher plus loin. Pour eux, les coupables sont trouvés.Mais les deux hommes décrivent une soirée radicalement différente de celle racontée par la victime. Ils ne sont pas allés au Jukebox, la boîte de nuit de la banlieue de Sion, comme dans le récit de Véronique, et il n'y a pas eu de bagarre. Ce n'est pas elle qui les a conduits à Savièse: Besmir les a invités par téléphone, et Guillaume est monté avec son propre véhicule. Les relations, disent-ils l'un et l'autre, étaient consenties.Comment expliquer ces incohérences? Une hypothèse s'impose progressivement, à mesure qu'on lit le dossier: Guillaume et Arash décrivent peut-être une soirée différente de celle du viol. Une autre soirée, une autre nuit, un autre groupe d'hommes. C'est en tout cas ce que soutiendront leurs avocats – et c'est là que l'enquête, selon eux, a déraillé.








