Après trois conversations téléphoniques, à chaque fois interrompues par les gardiens, l’établissement pénitentiaire de Crêtelongue, entre Sion et Sierre, a accepté notre visite. Arash nous attend dans un grand parloir, à une table près de la baie vitrée qui donne sur la promenade – une cour en béton entourée de murs et de barbelés. Il a les cheveux courts, bien coiffés et gominés, la barbe taillée. Il est posé, sûr de lui. Il déroule son récit malgré les va-et-vient du gardien dans son uniforme foncé, le bruit de la serrure et celui de la porte qui s'ouvre et se ferme.

Je ne peux plus raconter cette histoire, ça me fait du mal, dit-il d'emblée.

Alors commençons par le reste de sa vie.

Avant

Il a d'abord été vendeur, dans les assurances, puis dans la publicité. Et il a adoré. «Mais je rêvais d'une grande carrière avec surtout une grosse fortune à la clé. Peut-être parce que mes parents n'avaient pas beaucoup. Je voulais être connu et réussir». Il se lance alors dans l'une des premières cultures de CBD du Valais. Des associés, des investisseurs. Mais le projet le dépasse. Il ne connaît rien à la culture. Les ravageurs se succèdent sur les plantes. C'est la faillite. «Après ça, je ne voyais plus comment revenir dans la vie.»Il a grandi à Platta, un ancien quartier ouvrier de Sion, avec ses petits immeubles des années soixante et ses îlots de verdure. C'est là qu'il a connu Besmir, à l'école primaire. En 2018, il renoue avec lui. «Je faisais beaucoup de soirées à cette époque», dit-il. Mais ces échanges lui paraissent vides aujourd'hui. «On parlait de soirées, de ses conquêtes.»Entre 2018 et 2020, Arash consomme beaucoup de cocaïne et se met à en vendre, pour financer ses rails. «J'étais jeune, j'ai fait des grosses erreurs pendant une période de dépression. Je consommais pour quelque 3000 francs de cocaïne par mois. Ma vie n'avait aucun sens.» Il vend notamment de la cocaïne à Véronique. Et se rend chez elle pour une soirée, avec Besmir et Guillaume.