PrimeursCe millésime se prête aux grands espoirs. Son élégance, son charme semblent annoncer une ère nouvelle pour les vins de Bordeaux. Affaire d’une année ou vraie révolution ?JournalistePublié le 13/05/2026 à 16h00, mis à jour le 20/05/2026 à 19h00Chai à barriques du château Bellegrave (Pomerol). SEBASTIEN ORTOLA/REA POUR « LE POINT »Et si c’était vrai… Alors ce serait un best-seller. Ce qu’on a goûté à Bordeaux nous a laissé plus que rêveur. Pas que nous d’ailleurs. Les quelques grands sommeliers affûtés par des décennies de dégustations bordelaises que nous avons côtoyés partageaient ce sentiment. Quelque chose de très singulier est en train de se passer.Au départ, les quelques vins dégustés nous ont ravis et étonnés. Beaucoup de fraîcheur, du fruit juste cueilli et coupé, des tanins délicats… Le profil du millésime s’affirmait. Bien sûr, il y eut ces pluies de fin août qui ont donné l’élan. Il était temps. La vigne commençait à se bloquer et, comme nous l’ont raconté plusieurs responsables techniques, tous commençaient à redouter l’effet réchauffement climatique. À savoir une montée des degrés potentiels, une disparition des arômes fruités, une structure pesante. « Soit on allait faire du 14° pas mûr ou du 17° mûr », commente Philippe Bascaules, directeur technique de Château Margaux.Ce qu’il faut saisir en effet, c’est l’écart qui se creuse, ces années de fortes chaleurs et de sécheresse, entre la courbe de montée des sucres qui ne cesse de grimper et celle de la maturité des tanins qui ne bouge plus. La plante se met sur pause, assure sa survie tandis que l’usine à sucre continue à fonctionner sous l’effet du soleil. Avant de déclencher les vendanges, il faut attendre pour ne pas avoir des vins secs, astringents.Ces pluies de fin août et début septembre ont permis justement aux deux courbes de demeurer parallèles et d’obtenir rapidement une maturité complète. Les vendanges de rouges ont ainsi commencé au début du mois de septembre pour se conclure à la fin du même mois. Des vendanges étalées afin de récolter chaque cépage et parcelle au bon moment.La poussée bio chez les grandsUn « miracle » météorologique, cette pluie ? Pas seulement. 2025 figure l’aboutissement, dans nombre de crus, d’une réflexion entamée depuis quelques années. Réflexion sur les sols, la vigne, la lutte contre le réchauffement climatique, la façon de vinifier et d’élever le vin. Bref, sur un peu tout ce qui concerne son élaboration…Pour faire image, il convient de savoir que les grands crus classés du Médoc détiennent le record du nombre de domaines en bio et que de l’autre côté du fleuve, rive droite, le nombre de bios en appellation saint-émilion a fortement augmenté depuis dix ans. C’est un signe. Le travail à la vigne n’est plus du tout le même qu’au début des années 2000.On expérimente de nouvelles conduites qui favorisent le maintien de l’humidité, protègent les raisins du soleil, évitent l’évapotranspiration du feuillage… On a considérablement réduit les extractions pour avoir des vins plus élégants. On modifie les modes d’élevage, moins de soutirages, qui nécessitent un usage plus important de soufre. Le recours pour partie aux contenants en terre cuite ou en béton, des bois de barriques moins toastés changent aussi la donne.Lafite-Rothschild, en quasi-révolution, vinifie sans soufre pour favoriser le fruit. Ce n’est pas devenu pour autant un vin « nature » : du soufre est ajouté avant la mise bouteille pour assurer la conservation. Ce millésime, dans ce château, est époustouflant de tonus et de finesse. On pourrait multiplier les exemples. Devant l’ennemi, c’est-à-dire une des plus fortes crises qu’ait connues ce vignoble, il semble que la réaction tant attendue se produise enfin.Si cela se confirme, une page se tourne. Celle des vins clinquants des années « séduisons l’Amérique ». Et cette fois, il ne s’agit plus de communication mais de technicité et de recherche. Comprendre la nature dans son évolution et ses besoins nouveaux implique en effet beaucoup de sciences.
Bordeaux 2025 : et pourquoi pas rêver ?
Ce millésime se prête aux grands espoirs. Son élégance, son charme semblent annoncer une ère nouvelle pour les vins de Bordeaux. Affaire d’une année ou vraie révolution ?







