La cour d’appel de Versailles a condamné ce lundi 20 mai le journaliste à restituer 142 500 euros à Canal+ pour avoir brisé la “clause de silence” qui le liait à son ancien employeur. Lui et son avocat réfléchissent à se pourvoir en cassation. Jean-Baptiste Rivoire, ex-rédacteur en chef adjoint de « Spécial investigation » sur Canal+, avait quitté le groupe en signant un accord en 2021. Photo Cyril Zannettacci/VU' Par Richard Sénéjoux Publié le 20 mai 2026 à 18h37 Mis à jour le 20 mai 2026 à 18h47 Le droit du travail plus fort que la liberté d’expression ? C’est en tout cas le sens de la décision de la cour d’appel de Versailles, qui devait statuer aujourd’hui sur l’affaire qui oppose depuis plusieurs années Jean-Baptiste Rivoire, aujourd’hui patron du site indépendant Off Investigation, à son ancien employeur Canal+. Dans son délibéré, celle-ci vient en effet de condamner le journaliste à restituer 142 500 euros à la chaîne cryptée (151 000 euros en première instance aux prud’hommes) pour avoir osé critiquer publiquement les méthodes de son actionnaire de référence, Vincent Bolloré. Et donc d’avoir brisé la fameuse « clause de silence » qui interdit à tous les salariés qui quittent l’une des entités du groupe qu’il contrôle (Canal+, iTélé devenue CNews, Prisma Media, Europe 1, le JDD…) de mettre en cause publiquement leur ex-employeur, ses cadres ou ses sociétés, jusqu’à la fin de leur vie. Après plusieurs années à avoir mené la fronde contre l’industriel breton à la suite de sa prise de pouvoir en 2015 à Canal+, Jean-Baptiste Rivoire, ex-rédacteur en chef adjoint de Spécial investigation, placardisé, avait fini par signer un accord en 2021 qui mettait fin à son contrat de travail et lui donnait droit à une indemnité de départ. C’est pour avoir épinglé Vincent Bolloré quelques mois après son départ dans une vidéo de Reporters sans frontières (RSF), Le Système B, que la chaîne cryptée avait décidé de l’attaquer aux prud’hommes. Selon une enquête publiée l’année dernière toujours par RSF, ils seraient ainsi plus de cinq cents anciens employés de Vivendi-Canal+ à avoir signé ces clauses aux contours floues et sans limite de durée. Le fait que ces “clauses de silence” n’aient pas de limite de temps a pourtant été invalidé par une décision de la Cour de cassation. Jean-Baptiste Rivoire à “Télérama” « J’ai un peu un goût amer dans la bouche, confie à Télérama Jean-Baptiste Rivoire. Le fait que ces “clauses de silence” n’aient pas de limite de temps a pourtant été invalidé par une décision de la Cour de cassation. Elles posent une forme d’arbitraire et vous condamnent au silence à vie. » Lui et son avocat, Vincent Brengarth, réfléchissent à se pourvoir en cassation. Plusieurs médias (Mediapart, Les Jours…), collectifs (Anticor, Informer n’est pas un délit…) et syndicats de journalistes (SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes…) avaient apporté leur soutien au journaliste dans l’attente de la décision de la cour d’appel. Celle-ci se révèle être un vrai coup dur pour la liberté d’informer, déjà mise à mal par la concentration des médias, et un signal inquiétant pour l’équilibre des droits et devoirs entre salariés et employeurs. Société Canal+ Médias Journalisme Liberté d'expression Vincent Bolloré Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus Pour soutenir le travail de toute une rédaction, abonnez-vous Pourquoi voyez-vous ce message ? Vous avez choisi de ne pas accepter le dépôt de "cookies" sur votre navigateur, qui permettent notamment d'afficher de la publicité personnalisée. Nous respectons votre choix, et nous y veillerons. Chaque jour, la rédaction et l'ensemble des métiers de Télérama se mobilisent pour vous proposer sur notre site une offre critique complète, un suivi de l'actualité culturelle, des enquêtes, des entretiens, des reportages, des vidéos, des services, des évènements... Qualité, fiabilité et indépendance en sont les maîtres mots. Pour ce faire, le soutien et la fidélité de nos abonnés est essentiel. Nous vous invitons à rejoindre à votre tour cette communauté en vous abonnant à Télérama. Merci, et à bientôt. S’abonner