Ni médecin, ni sage-femme, la doula accompagne la femme — et son couple — tout au long de sa vie, et plus particulièrement de la grossesse au post-partum. Rencontre avec Anne Ginguay Lee, doula parisienne spécialisée en périnatalité.Qu’est-ce qu’une doula ?Une doula, c’est une accompagnante au service de la femme, et plus largement du couple, tout au long du parcours périnatal. Concrètement, je suis là pour écouter, accueillir les émotions, soutenir physiquement et logistiquement la future maman et aussi le coparent, à qui je donne une place centrale. Mon rôle commence parfois très en amont, dès le désir d’enfant, et s’étend jusqu’au post-partum. L’objectif est essentiellement de donner confiance en eux aux jeunes parents pour qu’ils puissent faire leurs choix en toute autonomie, sans jamais se sentir dépendants de qui que ce soit.D’où vient ce mot « doula » ?Le mot doula vient du grec ancien et signifie littéralement “femme esclave”, il s’agissait à l’époque de femmes au service des femmes. L’origine du mot remonte à la mythologie, notamment à travers le mythe de Galanthis, qui était la doula de l’une des femmes de Zeus. En réalité, la doula existe depuis des siècles. Au Moyen-Âge, les femmes se réunissaient entre amies, voisines, famille, et entouraient celle qui accouchait, parce qu’elles avaient déjà vécu ça et savaient comment soutenir. Le concept n’est donc pas nouveau. Ce qui est récent, c’est sa redécouverte en France. Le métier existe ici depuis une vingtaine d’années, mais reste encore méconnu, là où il est très répandu dans les pays anglo-saxons.Quelle est la différence avec une sage-femme ?La différence principale est fondamentale : nous n’avons aucune compétence médicale. Je ne pratique pas la médecine. Le suivi médical appartient entièrement aux sages-femmes et gynécologues. Mais nos rôles sont ultra-complémentaires. La sage-femme dispose souvent d’un temps limité pour ses consultations - généralement une demi-heure - pendant lesquelles elle réalise un examen médical. Il reste malheureusement peu d’espace pour l’émotionnel, les angoisses, les doutes, c’est là que je prend le relais. Autre différence concrète : je me rends au domicile des futurs parents. Ce n’est pas anodin, dans l’intimité du foyer, s’exprimer librement, créer un lien de confiance se fait plus naturellement. Le rendez-vous dans un cabinet peut impressionner. Les futures mamans mettent parfois un couvercle sur ce qui leur pèse vraiment, et repartent avec la sensation de ne pas avoir tout dit.Comment devient-on doula ? Qu’apprend-on lors de la formation ?La formation que j’ai suivie, au Centre Galanthis, est reconnue par la DDF : l’association des Doulas De France. Ce métier n’est pas encore reconnu par l’État, mais des organismes comme la DDF proposent un code éthique fiable. Ce qu’on y apprend, c’est avant tout l’écoute active : une écoute vraie, pas celle qu’on pratique la plupart du temps en société où on attend que l’autre finisse de parler pour placer sa réponse. On apprend à écouter sans jugement, à accueillir les silences sans les meubler, à rester ouverte même quand on entend des choses difficiles. On se forme aussi à tout ce qui touche à la période périnatale et au-delà : accompagner le deuil périnatal, le choix d’allaitement, les violences faites aux femmes (conjugales, gynécologiques, obstétricales), la diversité des configurations familiales… La formation prévoit également un volet entrepreneurial : cadre éthique, communication, gestion du temps.Quand faut-il faire appel à une doula ?Dès que vous en ressentez le besoin : à tout moment de votre vie ou de votre parcours périnatal. Très en amont, dès le désir d’enfant, si le couple a des questionnements et souhaite s’ouvrir à quelqu’un de neutre pour s’offrir un espace où poser les mots et défaire les éventuelles tensions. Pendant la grossesse, bien sûr, pour vivre sereinement cette période, anticiper l’accouchement, débloquer ses peurs, construire un projet de naissance. Pour que la doula soit présente le jour de l’accouchement, peu importe le type de naissance - on pense rarement au cas d’une césarienne par exemple - où le co-parent peut se retrouver seul, avec un nouveau-né dans les bras, la doula est un intermédiaire et peut faire le lien entre la jeune maman, le co-parent et les équipes médicales. Et évidemment dès le début du post-partum, qui reste une phase de vulnérabilité pour les jeunes mères. Une femme sur six traverse une dépression du post-partum, certaines ne sont jamais diagnostiquées. Être accompagnée peut aider à prévenir et anticiper ces problématiques.Quels sont les avantages concrets d’avoir une doula ?Le premier, c’est le lien humain. En étant en contact avec la future maman pendant toute sa grossesse, dans l’intimité du couple et du foyer, on parle le même langage, je connais leurs attentes, leurs craintes… Il n’est pas rare que certains professionnels apparaissent une fois lors du parcours périnatal et que les futurs parents ne les revoient jamais. Au contraire, ce lien de confiance qui se construit dans la durée entre nous change tout au moment des passages difficiles. Le deuxième avantage, c’est l’espace de parole sans jugement, sans objectif thérapeutique fixé à l’avance. Je n’analyse pas, mon rôle n’est pas de guérir mais d’accompagner, d’accueillir et parfois même de permettre à des choses longtemps tues d’être enfin dites à haute voix. On peut tout me dire, même les choses les plus inavouables. C’est rare de nos jours. La doula accompagne-t-elle uniquement les grossesses ?En tant que doula, j’ai choisis d’accompagner spécialement les futures et jeunes mamans, mais ce rôle peut s’étendre à d’autres moments de la vie féminine : la puberté, les premières règles, les questionnements sur la sexualité, et même la ménopause, qui est encore tabou dans notre société. L’idée, c’est d’avoir quelqu’un qui écoute, de manière inconditionnelle et sans jugement, dans les moments de transition, de transformation, quelle que soit la période de la vie de la femme.Anne Ginguay Lee est doula, certifiée par le Centre Galanthis, reconnue par l’association des Doulas De France. Commerciale pendant une dizaine d’années, c’est son propre parcours de grossesse et d’accouchement, et le sentiment d’avoir manqué d’un accompagnement humain et informé, qui l’ont amenée à se reconvertir. Elle exerce à Paris et accompagne les femmes et les couples à domicile, de la préconception jusqu’au post-partum, avec une volonté centrale : que les parents bien entourés et bien informés fassent des choix qui leur ressemblent.
La doula : un soutien fondamental encore méconnu dans la vie des femmes
Ni médecin, ni sage-femme, la doula accompagne la femme — et son couple — tout au long de sa vie, et plus particulièrement de la grossesse au post-partum. Rencontre avec Anne Ginguay Lee, doula parisienne spécialisée en périnatalité.








