La Banque de France est une institution feutrée, qui gère nos réserves d’or, qui contrôle le système financier dans son ensemble et qui surveille l’inflation comme le lait sur le feu.Son gouverneur depuis 2015, François Villeroy de Galhau, a défrayé la chronique ces derniers jours avec la publication de son ultime lettre annuelle au président de la République.Il est vrai qu’il y va fort : « Nos arbitrages collectifs ont été jusqu’à présent en faveur des seniors : dépenses de retraite et de santé, et financement par le déficit », déplore-t-il, n’hésitant pas à lancer cette mise en garde : « Si notre pays poursuit de tels choix gérontocratiques, il ne pourra pas bien préparer l’avenir. »Un débat de fond qui devrait être capital en 2027C’est là un débat de fond, qui pose la question du pacte social et de sa soutenabilité, quand le poids des retraites atteint en France 14 % du PIB, un taux plus élevé de plusieurs points que la moyenne européenne. Cette préférence pour le passé alimente année après année les déficits publics qui eux-mêmes abondent un endettement désormais supérieur au PIB.François Villeroy de Galhau soulève là un débat de fond, dont tous les candidats à la présidentielle devraient s’emparer. Mais ceux-ci s’empressent de regarder ailleurs, pour ne pas prendre le risque de mécontenter les électeurs, au motif que leur taux de participation augmente avec l’âge. Un calcul de courte vue et de mauvais aloi, qui laisse penser que les seniors sont une corporation soudée, égoïste et insensible au sort des générations futures.La préférence pour la paressePlutôt que se saisir de ce sujet fondamental, les oppositions préfèrent s’en prendre à la nomination comme futur gouverneur de la Banque de France d’Emmanuel Moulin, auditionné ce mercredi par les commissions des finances de l’Assemblée nationale et du Sénat.Il est vrai que le président de la République les a bien aidés. La compétence d’Emmanuel Moulin n’est pas en cause, et personne de sérieux ne la lui conteste. Ce qui passe mal, en revanche, c’est son parcours au sein du pouvoir macroniste depuis 2017. Il commence par diriger le cabinet de Bruno Le Maire à Bercy pendant trois ans et demi. Puis, après un passage à la direction du Trésor, il devient directeur de cabinet de Gabriel Attal à Matignon, avant de remplacer Alexis Kohler comme secrétaire général de l’Élysée en avril 2025.Après la nomination d’Amélie de Montchalin à la présidence de la Cour des comptes, se pose à nouveau la question de l’indépendance du promu, qui a été aux premières loges quand les déficits et la dette ont dérapé. Son passé professionnel l’autorise-t-il à critiquer, demain, ce qu’il a contribué à élaborer, hier ?Mais tous ceux qui, dans les rangs de l’opposition, posent ces questions (et y répondent par la négative) peuvent quant à eux être soupçonnés de paresse. Il est plus facile de dénoncer la « République des copains » que d’élaborer de vraies propositions pour stabiliser la dépense publique et la dette, comme le fait le gouverneur sortant, sans grand espoir d’être entendu.
La Banque de France, théâtre inattendu de nos névroses nationales
CHRONIQUE. Le gouverneur sortant déplore des choix « gérontocratiques », son successeur est contesté avant même de le remplacer, tandis que les décideurs politiques éludent les vrais problèmes.














