Moins d'une semaine après que Xi Jinping a déroulé le tapis rouge pour le président américain Donald Trump, Vladimir Poutine est attendu en Chine, ce mardi 19 mai, pour une visite officielle de quarante-huit heures destinée à "renforcer le partenariat global et la coopération stratégique", selon les autorités officielles. Mais cette rencontre est aussi l'occasion d'afficher clairement l’alignement entre Pékin et Moscou face aux bouleversements géopolitiques mondiaux, tout en permettant à la Chine de s'affirmer comme un acteur incontournable dans cet équilibre, observe la presse internationale. "Pour Xi Jinping, accueillir le dirigeant du Kremlin quelques jours seulement après le départ du cortège du président Donald Trump de la capitale chinoise constitue une validation de 14 années de compétition économique acharnée avec les États-Unis et de son rapprochement stratégique avec Moscou pendant la guerre en Ukraine", analyse ainsi le Wall Street Journal. Avant lui, "aucun dirigeant chinois n’avait organisé, le même mois, deux visites d’État consécutives d’un président américain et d'un président russe en exercice", poursuit le média, qui y voit "une victoire sur la scène mondiale". Afficher sa puissance diplomatique "Le fait que Xi accueille, à une semaine d’intervalle, deux dirigeants mondiaux engagés dans des conflits apparemment inextricables de leur propre fait ne passera certainement pas inaperçu auprès du gouvernement chinois, qui profite notamment de la guerre de Trump contre l’Iran pour présenter la Chine comme une alternative responsable au leadership mondial", abonde CNN. La Chine, tout comme la Russie, cherchent toutes deux à "promouvoir leur propre vision d’un monde qui ne serait pas dominé par la puissance américaine ou par un système d’alliances dirigé par les États-Unis", note la chaîne américaine. La presse d’État chinoise, étroitement contrôlée, en a d'ailleurs profité pour afficher sa puissance diplomatique. "Bien que les États-Unis et la Russie, en tant que grandes puissances mondiales, soient depuis longtemps opposés sur des questions telles que la crise ukrainienne et la sécurité européenne, les deux ont désigné Pékin comme une destination incontournable", écrivait lundi le Global Times, un tabloïd paraissant quotidiennement en Chine. Un levier sur les Etats-UnisPour l'heure, très peu de détails ont été révélés sur la rencontre. "Pendant cette visite, les dirigeants des deux pays échangeront leurs points de vue sur les relations bilatérales, la coopération dans divers domaines ainsi que sur les questions internationales et régionales d’intérêt commun", a déclaré lundi Guo Jiakun, porte-parole des Affaires étrangères. Après les discussions, les dirigeants devraient signer, entre autres accords bilatéraux, une déclaration commune, un type de document qui lors des précédentes rencontres avait "servi de véritable cartographie de l’ordre mondial multipolaire défendu par les deux pays, ainsi que de leur rapprochement politique, militaire et économique croissant", indique El Pais. Mais ce rapprochement n'a pas été sans conséquence pour la Chine, rappelle le Wall Street Journal. "Les politiques économiques accélérées par Xi ont donné à la Chine un levier sur les États-Unis, mais elles ont aussi laissé le pays avec trop d’usines et provoqué une réaction américaine qui réduit la demande américaine pour les produits chinois. Son soutien à la Russie a également aliéné un autre grand marché : l’Europe, où de moins en moins de pays sont disposés à jouer le rôle d’allié", écrit le journal. Le nombre d’industries dans lesquelles la Chine domine plus de la moitié des exportations mondiales a en effet presque doublé entre 2021 et 2024, passant de 192 à 315 - signe d’une stratégie qui produit désormais davantage que ce que le reste du monde est prêt à absorber, selon une nouvelle étude de U.S. Chamber of Commerce et du Rhodium Group.Vladimir Poutine, un "partenaire junior"Demeure alors une question importante : sur quoi pourrait déboucher cette rencontre entre les deux alliés ? "Sous pression croissante en Ukraine, Vladimir Poutine continue de dépendre de la Chine de plusieurs façons, explique auprès de la Deutsche Welle, Ding Shufan, professeur d’études est-asiatiques à la National Chengchi University. Cela inclut les importations continues d’énergie russe par la Chine, ainsi que l’accès aux biens à double usage et aux chaînes d’approvisionnement". Si la Chine ne souhaite pas de guerre, il serait encore plus risqué pour elle de voir un régime s’effondrer, "Pékin considérerait l’effondrement des régimes en Iran et en Russie comme un résultat négatif", peut-on lire dans le média allemand. La Chine ayant été affectée par les tensions autour du détroit d’Ormuz et les perturbations qui en résultent pour l’approvisionnement pétrolier, et compte tenu de défis internes tels que la surcapacité industrielle, elle ne peut en effet pas facilement exporter ses produits si des régions clés sont perturbées par les conflits.Vladimir Poutine, de son côté, arrive "alors que son image d’homme fort s’effrite dans son pays et que le bilan stratégique de la Russie devient de plus en plus déséquilibré. La Russie n’a pas pu sauver Bashar al-Assad en Syrie. Elle n’a pas pu empêcher Israël et les États-Unis de frapper l’Iran. Et elle a regardé les États-Unis négocier un accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan à la frontière sud même de la Russie", énumère le Wall Street Journal. Avant de conclure, cinglant : "Xi recevra cette semaine Poutine moins comme un pair que comme un partenaire junior."