Quentin JorisResponsable du service Économie/politique19 mai 2026Aujourd'hui à 16:44La réforme envisagée pour responsabiliser les mutuelles est bienvenue, mais ne dispense pas d’une vraie réflexion pour limiter les départs en maladie."La meilleure défense, c’est l’attaque." Cet adage stratégique a visiblement été bien assimilé par le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit), qui présentait ce mardi à la presse son plan pour réformer les mutuelles, coupant ainsi l’herbe sous le pied de certains de ses adversaires.Sa proposition de réforme, qui s’inscrit dans la logique de responsabilisation prévue par l’accord de gouvernement, intervient alors que les mutualités essuient un feu nourri de critiques du MR et de la N-VA. Ces deux formations leur reprochent de ne pas agir assez vigoureusement pour enrayer la hausse du nombre de malades de longue durée, lesquels sont, rappelons-le, plus de 530.000 dans nos contrées. Des reproches qui ont encore été renforcés ces dernières semaines par des enquêtes de l’Inami dont les résultats ont alimenté un narratif bien rôdé.S’il paraît clair que les mutuelles ne sont pas exemptes de critiques et que des lacunes dans leur suivi peuvent être épinglées, ces enquêtes ne justifient pas de faire d’elles des victimes expiatoires de nos piteux résultats en matière de remise à l’emploi des malades. Parfois tentante politiquement, la recherche de boucs émissaires reste bien une dérive à éviter.Ceci posé, on peut saluer la volonté du gouvernement d’enfin prendre à bras-le-corps la question du financement de la santé au sens large. Fin du régime de pension maladie des fonctionnaires, réflexions sur le statut BIM ou encore sur la contribution du patient au ticket modérateur chez les spécialistes, les chantiers s’accumulent. Avec ce plan consacré aux mutuelles et leur responsabilisation, Vandenbroucke apporte donc une nouvelle pierre à l’édifice.Et, en liant le remboursement d’une part plus importante de leurs frais administratifs à leurs résultats en matière de retour au travail et de soins de santé, le socialiste flamand va dans la bonne direction. À condition que son projet soit suivi, la partie variable du remboursement des mutuelles passera de 20 à 40%. "Celles qui n’atteindront pas les objectifs convenus perdront une partie de leur financement", précise son plan, qui promet de fixer "des indicateurs mesurables".Cette approche sensée, combinée à des mesures pour éviter des conflits d’intérêts dans le chef des mutuelles, mérite de faire l’objet d’une vraie concertation avec les acteurs du secteur, laquelle devra aborder le débat dans toute sa complexité, sans fuir les écueils potentiels. En effet, si le retour à l’emploi des malades doit bien rester une priorité de ce gouvernement, il ne devrait pas pour autant éclipser des politiques destinées à maintenir plus longtemps et en bonne santé les travailleurs dans une fonction. Prévoir – ou plutôt maintenir – des aménagements de fin de carrière, veiller à un équilibre entre flexibilisation et santé, voici des points sur lesquels nous aimerions aussi voir l’exécutif plus ambitieux.S’il n’en est rien, il pourrait bien manquer son objectif: favoriser les retours au travail sans freiner l’hémorragie des départs reviendrait uniquement à faire du surplace.
Édito | Mutuelles: responsabiliser sans caricaturer
La réforme envisagée pour responsabiliser les mutuelles est bienvenue, mais ne dispense pas d’une vraie réflexion pour limiter les départs en maladie.









