Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Le Monde des livres Le Monde des livres Le Monde des livres Vie de l’édition Vie de l’édition Vie de l’édition On ne quitte pas facilement l’Ouvroir de littérature potentielle, le célèbre groupe de recherche littéraire. Il faut y mettre les formes. Ce que l’écrivaine a fait, devant témoins, à Paris, le 5 mai. Article réservé aux abonnés La main de Clémentine Mélois tremble un peu alors qu’elle dirige un poignard vers son cœur. Juste avant d’atteindre sa cible, la lame se rétracte – l’arme est factice. Un flot de sang tout métaphorique jaillit, que figure un long foulard rouge. L’écrivaine brandit l’étoffe pour afficher son message : « Adieu. » Il ne s’adresse pas à la trentaine d’amis qu’elle a réunis, mardi 5 mai, au café L’Arrêt, dans le 7e arrondissement de Paris. Mais aux membres de l’Oulipo, l’Ouvroir de littérature potentielle. Cooptée en 2017 dans ce groupe de recherche littéraire fondé en 1960 par l’écrivain Raymond Queneau et le mathématicien-poète François Le Lionnais, l’autrice a mis en scène son « suicide putatif » afin de pouvoir le quitter. Marqué par l’expérience du surréalisme, mouvement friand de purges, de portes claquées et de violentes controverses publiques, Raymond Queneau avait en effet édicté cette règle que les membres de l’Oulipo le sont à vie et ne peuvent en démissionner ni en être exclus, et que même la mort ne leur retire pas cette qualité : ils sont simplement « excusés pour cause de décès ». Avec une exception : « On peut cesser de faire partie de l’Oulipo dans les conditions suivantes : en se suicidant, mais devant huissier, qui constatera que le suicide de l’oulipien considéré est, selon ses dernières volontés explicites, destiné à lui faire quitter l’Oulipo et à retrouver sa liberté de manœuvre pendant le reste de l’éternité. » Cette malicieuse « règle coutumière » est exposée dans Poésie etcetera : ménage (Seuil, 1995), de Jacques Roubaud (1932-2024). Clémentine Mélois l’a reproduite sur l’élégant carton d’invitation par lequel elle a convié ses proches (parmi lesquels nombre d’écrivains : Jean Echenoz, Marcel Cohen, Victor Pouchet, Vincent Almendros, Lise Charles, Philippe Lançon…) à « sa mise à mort auto-infligée en présence d’un commissaire de justice » – telle est désormais la dénomination des huissiers. Il vous reste 73.72% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Tout sur la récente performance de « suicide putatif » marquant le départ de l’Oulipo de l’écrivaine Clémentine Mélois
On ne quitte pas facilement l’Ouvroir de littérature potentielle, le célèbre groupe de recherche littéraire. Il faut y mettre les formes. Ce que l’écrivaine a fait, devant témoins, à Paris, le 5 mai.








