Monde EuropeLa Russie de Vladimir PoutineRussie. Gouverneure de la Banque centrale, Elvira Nabioullina était protégée par Poutine.

Mais son impunité se craquelle, alors que celui-ci multiplie les attaques contre elle.Publié le 02/05/2026 à 07:45, mis à jour le 07/05/2026 à 11:32bookmarkLa présidente de la Banque centrale russe, Elvira Nabioullina, à Saint-Pétersbourg le 19 juin 2025.AFPC’est un format dont Vladimir Poutine est friand. Une brochette d’officiels, hauts fonctionnaires, gouverneurs, oligarques, parfois ministres, sagement assis en rang, manifestement terrifiés. Face à eux, le président russe, en majesté, distribue les bons et les mauvais points, admoneste, s’agace. Pourquoi telle promesse n’a-t-elle pas été tenue ? Pourquoi tel objectif n’a-t-il pas été atteint ? Ses interlocuteurs sont au supplice. Poutine se délecte et les téléspectateurs sont confortés dans leur croyance que "le tsar est bon et les boyards mauvais", comme le dit le proverbe russe. C’est une scène de ce type qui s’est déroulée le 15 avril. Les cibles du président russe : son Premier ministre Mikhaïl Michoustine, le ministre des Finances Anton Silouanov, son homologue à l’Economie Maxime Rechetnikov… et la gouverneure de la Banque centrale russe, Elvira Nabioullina. "J’attends de vous des explications complètes, leur lance Poutine, sur la situation actuelle de l’économie, et pourquoi sa trajectoire se situe en dessous des attentes." La flèche la plus acérée est pour Nabioullina. "En dessous des attentes des experts, des analystes, mais aussi du gouvernement et même de la Banque centrale", ajoute-t-il. Le geste d’humeur du président russe a été largement commenté dans les milieux économiques. Parce qu’il souligne les mauvais chiffres de l’économie russe, lentement asphyxiée par la guerre en Ukraine et les sanctions. Et aussi parce qu’il pourrait signifier un début de disgrâce pour celle qui, jusqu’à présent, semblait complètement intouchable.Une source bien introduite dans les milieux économique et politique russes le confirmait il y a encore deux mois : "Elle jouit d’une confiance totale du président, qui ne maîtrise guère les arcanes de l’économie monétaire… et ne s’y intéresse pas." Du reste, l’inamovible banquière centrale a bonne réputation, même à l’étranger. "Elle est charmante, de ces gens éduqués, intelligents et cultivés que l’on a plaisir à fréquenter, s’enthousiasme un homme d’affaires parisien, qui l’a rencontrée à plusieurs reprises. Elle parle très bien français, connaît la culture et la mentalité européenne. Elle avait l’habitude, avant la guerre, de rencontrer régulièrement ses pairs." Sa très bonne entente, à l’époque, avec Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, était de notoriété publique. "Elle n’en impose pas par sa prestance, elle est toute petite, mais quand elle prend la parole, on l’écoute religieusement, poursuit cette source. Elle est très pédagogue, extrêmement intelligente… et parce que surtout l’on sait qui elle est."