Deux jours « incroyables » à Pékin ont offert faste et symboles à Donald Trump. Mais les avancées sur l’Iran et le commerce sont restées floues, tandis que la Chine tente de faire évoluer la position des États-Unis sur Taïwan.Le voyage le plus important du deuxième mandat de Donald Trump vient de s’achever, au terme de deux jours « incroyables » en Chine. Le spectacle était à la hauteur. Le président américain a même eu l’honneur, rare, de déjeuner avec Xi Jinping à Zhongnanhai, complexe pékinois ultra-sécurisé, à côté de la Cité interdite, et siège du pouvoir central chinois.« Beaucoup de bonnes choses sont sorties (de la visite), a déclaré Trump. On a passé des accords commerciaux fantastiques, bons pour les deux pays. » Les retombées concrètes ne sont pourtant pas claires et les tensions étaient apparentes.L’épine du dossier iranienLe déclenchement de la guerre, le 28 février, a poussé Trump à repousser cette visite de 6 semaines. L’Iran pèse sur ses sondages, en partie car le blocage du détroit d’Ormuz fait monter les prix de l’essence. « Nous partageons le même avis sur la façon dont nous souhaitons que ça se termine, a-t-il assuré. Nous ne voulons pas qu’ils aient l’arme nucléaire. Nous voulons que les détroits restent ouverts. »Mais aucun progrès n’a été obtenu. Trump souhaite que Pékin pousse l’Iran à rouvrir le détroit d’Ormuz et à négocier une sortie du conflit. Mais Pékin n’a montré aucun désir de coopérer, ni même de monnayer son aide. Les Chinois ont à peine mentionné l’Iran dans leurs communiqués. Le deuxième jour, le ministère des Affaires étrangères a même publié une déclaration affirmant que les États-Unis n’auraient jamais dû déclencher la guerre.Dans le vol de retour, Trump a botté en touche : « Je ne demande pas de service, parce que demander un service implique d’en rendre. Nous n’avons pas besoin d’aide. » Il a assuré que Xi avait proposé d’aider à trouver une issue, ce que la Chine n’a pas confirmé, se contentant de déclarer que la solution devrait « tenir compte des préoccupations de toutes les parties sur la question nucléaire iranienne ».Les trois BTrump avait embarqué de grands noms des affaires : Elon Musk, PDG de Tesla et SpaceX, Tim Cook, PDG d’Apple, Jensen Huang, PDG de Nvidia. Un rappel de l’importance du marché chinois pour les entreprises américaines. Kelly Ortberg, PDG de Boeing, était aussi là. Car si, selon un sondage Ipsos/NPR/Chicago Council, seuls 42 % des Américains s’intéressent aux relations sino-américaines, 70 % suivent de près l’économie.Trump voulait revenir avec des commandes des trois B, Beans, Beef and Boeing (soja, bœuf et Boeing). Lors de son premier mandat, avant de quitter Pékin, il avait signé, à l’occasion d’une cérémonie en grande pompe, environ 250 milliards de dollars de commandes (pas toutes réalisées). Rien de tel cette fois. Xi a assuré que « les portes de la Chine (s’ouvriraient) encore plus largement » à l’avenir.Trump a affirmé sur Fox News, que la Chine allait acheter du soja et 200 jets, avant de rétropédaler : « Je crois que c’était une sorte d’engagement. Enfin, je veux dire, c’était plutôt une déclaration, mais je pense que c’était un engagement. C’est super. Ça représente beaucoup de boulots. » Dans l’avion du retour, il a dit aux journalistes que la commande de Boeing pourrait passer à 750 dans un deuxième temps, et comprendre 450 moteurs General Electric.La Maison-Blanche n’a fourni aucune preuve écrite. La Chine n’a pas confirmé non plus, ce qui n’est pas inhabituel. Mais les actions de Boeing et Nvidia ont chuté de près de 4 % jeudi, signe de la déception des marchés. Wang Yi, ministre des Affaires étrangères, a annoncé des commissions sur le commerce et les investissements pour réguler les produits agricoles et les taxes douanières.Alerte sur TaïwanC’était un enjeu majeur pour la Chine. Les États-Unis s’en tiennent traditionnellement à une « ambiguïté stratégique » sur le statut de Taïwan. Ils reconnaissent, sans la cautionner, la revendication chinoise et suggèrent, sans le garantir, qu’ils aideraient Taïwan en cas d’invasion chinoise. Le sujet est, selon le ministère chinois des Affaires étrangères, « le plus important dans les relations Chine-États-Unis » et la Chine veut faire évoluer cette position.L’avertissement aux Américains était particulièrement sévère. Si les États-Unis ne gèrent pas la question « correctement », a prévenu le ministère, « les deux pays connaîtront des affrontements, voire des conflits, mettant en danger toute leur relation ». Marco Rubio, Secrétaire d’État, a déclaré à la chaîne NBC que la politique américaine sur Taïwan n’avait « pas changé ». Il a ajouté que la Chine commettrait « une grave erreur » si elle envahissait Taïwan.Mais Trump, alors qu’il se tenait à côté de Xi, a gardé le silence quand un journaliste lui a demandé si Taïwan avait été évoqué. Dans l’avion du retour, il a révélé que Xi lui avait demandé si les États-Unis défendraient Taïwan : « J’ai dit : ‘je ne parle pas de ces choses-là’. Il n’y a qu’une seule personne qui le sait, vous savez qui c’est ? Moi. Il n’y a que moi qui sais. » Il a suggéré qu’il pourrait reconsidérer une vente d’armes de 14 milliards de dollars, approuvée par le Congrès en janvier, à Taïwan.Xi « ne veut pas de lutte pour l’indépendance, parce que ce serait une confrontation très violente… Je l’ai écouté… Je n’ai fait aucun commentaire », a-t-il dit. Il veut s’entretenir avec « la personne qui, maintenant, comme vous savez, vous savez qui c’est, dirige Taïwan », le président taïwanais Lai Ching-te dont il avait apparemment oublié le nom. Il a ajouté : « La dernière chose dont nous avons besoin en ce moment, c’est d’une guerre à 15 300 kilomètres. » Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, s’est réjoui : « Pendant la réunion, nous avons senti que les États-Unis comprenaient la position de la Chine. »« Mon ami Xi »Trump n’a cessé de flatter Xi, un « grand dirigeant » qu’il a gratifié de son compliment préféré, « tout droit sorti d’un casting hollywoodien » (Central casting, une agence fondée en 1925 à Hollywood), appliqué notamment à John Ratcliffe, le directeur de la CIA et à Kevin Warsh, le nouveau directeur de la Banque centrale.« Même physiquement, vous savez, il est grand, très grand, et surtout pour ce pays où les gens ont tendance à être un petit peu petits… mais bon, si vous alliez à Hollywood et que vous cherchiez un dirigeant chinois pour un film… vous ne trouveriez pas ça, vous ne trouveriez pas de gars aussi bon pour jouer le rôle », a-t-il confié au journaliste Sean Hannity. Trump valorise les relations personnelles en diplomatie et a déclaré que tous deux allaient avoir un « avenir fantastique ensemble ». « C’est un honneur d’être avec vous. C’est un honneur d’être votre ami », a-t-il lancé à Xi. Il l’a même trouvé « chaleureux », qualificatif inattendu pour le dirigeant, chez qui la préparation ne laisse pas grande place aux effusions.Xi n’a pas retourné l’avalanche de compliments et s’est contenté de saluer une « visite historique », qui a renforcé la confiance mutuelle. En revanche, les Chinois savent que Trump aime le faste et ils lui en ont donné. Trump a eu droit à trois cérémonies, avec enfants agitant des drapeaux, fanfares et défilés. La visite de Zhongnanhai était une façon de rendre la pareille à Trump qui avait reçu Xi à Mar a Lago lors de son premier mandat. Le Chinois a promis d’envoyer des graines des roses des jardins du complexe, pour le Jardin des roses de la Maison-Blanche. « Ce sont les plus belles roses qu’on ait jamais vues », a admiré Trump.Piège de ThucydideLa « stabilité stratégique » est le nouveau qualificatif de la relation entre les États-Unis et la Chine. Selon le ministre des Affaires étrangères chinois, elle restera en place au moins trois ans – reste du mandat de Trump – et sera centrée sur la coopération, la concurrence dans certaines limites et la gestion des différends. Xi et les Chinois se voient désormais comme les égaux de Trump et des États-Unis.Le sommet était la rencontre de deux superpouvoirs, sur un pied d’égalité. Trump a même semblé en position de demandeur, lui qui aime tant, d’habitude, insister sur sa supériorité vis-à-vis d’autres chefs d’États. Il a souligné qu’il était souvent critiqué quand il vantait les qualités de Xi. « Mais je le dis quand même parce que c’est vrai », a-t-il ajouté. Un contraste avec les sketchs où il imite Emmanuel Macron, ses piques envers Keir Starmer (« Nous n’avons pas besoin de gens qui rejoignent des guerres quand nous avons déjà gagné »), Pedro Sanchez, Friedrich Merz (« Il pense que c’est bien que l’Iran ait l’arme nucléaire »), Giorgia Meloni (« Je pensais qu’elle avait du courage, mais j’avais tort »)…Xi, lui, a demandé, dans son discours d’ouverture : « La Chine et les États-Unis peuvent-ils surmonter le fameux « piège de Thucydide » et forger un nouveau paradigme pour les relations entre grandes puissances ? » Dans L’Histoire de la guerre du Péloponnèse, le stratège athénien du Ve siècle av. J.-C. a écrit : « C’est l’ascension d’Athènes et la crainte qu’elle inspira à Sparte qui rendirent la guerre inévitable. »L’idée est que, quand une puissance montante menace de supplanter une puissance établie, il en résulte souvent une guerre. Ce n’est pas une référence nouvelle chez Xi, mais il a cette fois traité les États-Unis de nation en déclin, devant leur président. Il a ainsi souligné la « transformation sans précédent depuis un siècle » des relations internationales. Trump, sur les réseaux sociaux, a noté que Xi avait « très élégamment qualifié les États-Unis de nation peut-être en déclin », mais l’a attribué aux « terribles dégâts » dus à Joe Biden.« En fait, le président Xi m’a félicité pour tous ces succès retentissants en si peu de temps », a ajouté Trump. Il a invité Xi aux États-Unis autour du 24 septembre. « On sera réciproques – comme le commerce réciproque, la visite sera réciproque », a-t-il déclaré devant Xi.