La vie est aussi faite de petits miracles. Cette fresque portant les empreintes des grands de la chanson ayant miraculeusement survécu aux nombreux locataires et propriétaires qui ont occupé l’étage du 1208, rue Crescent. Sa redécouverte par le musicien Alexandre Leclerc, qui a déclenché l’opération patrimoniale pour restaurer la murale et la boîte à chansons Chez Bozo, nous menant au miracle du jour : le retour en ces lieux sacrés de l’histoire de notre chanson de la dernière des Bozos, Clémence DesRochers.Devant une poignée de journalistes et photographes jeudi après-midi, elle posait sur la petite scène où on l’a applaudie entre 1959 et 1962 avec ses amis du collectif Les Bozos : Jean-Pierre Ferland, Raymond Lévesque, Hervé Brousseau, Claude Léveillée, remplacé par Jacques Blanchet lorsque l’auteur de Les vieux pianos a suivi Édith Piaf à Paris. « Des Bozos, il ne reste que moi… », échappe Clémence DesRochers, au détour d’une question.Pour la première fois en 65 ans, la pionnière de l’humour et de la chanson remettait les pieds dans la minuscule mais mythique salle. « Je la redécouvre ! » s’émerveille, du haut de ses 92 ans, Clémence DesRochers. « À l’époque, c’était un endroit très humble — on montait l’escalier et on arrivait tout de suite sur la scène, un petit morceau de bois. On n’avait pas de décor, un micro, un piano — c’était André Gagnon qui, très souvent, nous accompagnait. Les jeunes ont travaillé très fort » pour restaurer cette boîte à chansons, qui a inspiré plusieurs autres lieux du genre en province.Chez Bozo a servi de tremplin aux carrières, naissantes, des artistes qui ont bâti la boîte et écrit notre histoire. « J’ai beaucoup aimé cet espace des Bozos, nous a dit l’artiste. Je l’aimais parce qu’on savait qu’on développait une façon d’écrire, Jean-Pierre [Ferland] et moi, beaucoup plus près de nous que ne pouvaient l’être les vieilles chansons françaises. »