Personne n’est mieux placé pour vérifier si les services de renseignement canadiens reproduisent les dérives du passé en espionnant le mouvement souverainiste québécois que l’ex-juge de la Cour suprême Marie Deschamps. Elle ne peut pour autant dire si cela se produit ou non.« C’est notre mandat de regarder ce que le public ne peut pas voir. On veut être ses yeux et ses oreilles. Et on s’efforce d’en voir le plus possible », affirme celle qui dirige aujourd’hui l’Office de surveillance des activités en matière de sécurité nationale et de renseignement (OSSNR).Peu présente dans les médias, elle affirme d’emblée avoir accepté de s’entretenir avec Le Devoir parce que les questions de renseignement reçoivent trop peu d’attention des journalistes francophones. Le sujet a été soudainement mis à l’ordre du jour cette semaine, après les affirmations du chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, selon qui « des bribes d’information » lui font dire que le fédéral espionne encore le mouvement indépendantiste, comme il l’a déjà fait par le passé. Il suspecte qu’on a mis son téléphone sous écoute, même s’il convient qu’il n’a aucune manière d’en être certain.Contrairement aux organismes de renseignement joints par Le Devoir, la présidente de l’OSSNR n’a rien dit qui permettrait de bien rassurer le chef souverainiste, hormis pour assurer que toute violation qu’elle est en mesure de constater sera consignée dans un rapport au gouvernement. Et qu’elle essaie d’en dévoiler le plus possible au public.« Ce n’est pas nous qui allons décider d’aller voir au SCRS ce qui se passe pour un individu en particulier », explique Marie Deschamps. De surcroît, son pouvoir de mener des examens de son propre chef est limité aux opérations déjà terminées. « S’il y a une activité en cours, on va tenter d’éviter de mettre nos doigts dans l’enquête. »Des exceptionsMême si le chef péquiste affirme être « obligé de présumer que le gouvernement fédéral n’a pas changé », force est de constater que les institutions du renseignement canadien ont en fait beaucoup changé depuis l’époque où René Lévesque était dans la mire des agents fédéraux.Embourbée dans différents scandales de surveillance politique, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a perdu en 1984 son mandat d’enquête pour subversion, terrorisme, espionnage ou sabotage au profit d’une nouvelle entité civile, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). Il est épaulé techniquement par le Centre de la sécurité des télécommunications (CST).