Lire aussiPassionné de navigation, Paul Ricard tombe sous le charme de cette petite île - 700 mètres de long sur 220 mètres de large - dans les années 50. Il décide d’ériger ici son "monde miniature" et son fief familial.© Nathalie WarnyCousteau, Dali et compagniePaul Ricard était un amoureux de la mer. Passionné de navigation, c’est à la barre de son voilier, un 3 mâts, qu’il tombe sous le charme de cette pépite. Après la guerre, il acquiert donc ce fragment de terre -700 mètres de long, sur 220 mètres de large- au large de Bandol, uniquement habité par un mouton solitaire. Mais il achète surtout la liberté de créer. Le Marseillais, artiste dans l’âme -il aurait tant voulu faire les Beaux-Arts- décide d’ériger ici son "monde miniature"."Il avait compris que tout lui était permis et que la taille de l’île, de la terre et de la mer étaient les seules limites à ses rêves. C’est d’ailleurs une phrase que l’on a fait graver sur la cloche Joséphine", ajoute Marc de Jouffroy. Ce sanctuaire insulaire voit naître, sous l’impulsion de l’entrepreneur fortuné, une résidence familiale certes mais aussi un établissement hôtelier et une table destinés à l’accueil de son cercle d’amis. Le domaine se mue rapidement en une cité idéale, entrelaçant les arts et le vivant: théâtre, galerie d’art, zoo et jardins statuaires y côtoyaient un musée consacré aux nectars de la vigne. Tout au long des années 1960 et 1970, Bendor est alors un creuset d’effervescence artistique: on y croise les Bandolais venus à la nage mais aussi le commandant Cousteau éprouvant ses premiers scaphandres, Dali en visiteur inspiré, ou des souffleurs de verre travaillant au cœur de la nuit devant des fours incandescents."Mon aïeul y a mis tellement d’âme et d’émotion. Le lien social, pour lui, c’était une urgence, un besoin vital. Ce lieu, c’est avant tout nos racines. Enfant, j’y ai passé mes étés. Mais nous ne restions pas entre nous. L’île a toujours été un lieu de partage pour les collaborateurs, les salariés du groupe, pour les artistes, pour les Bandolais. Ils restent les bienvenus."© Nathalie WarnyDe l’abandon à la résurrectionLe temps est un sculpteur cruel. Après septante ans d’exposition aux embruns et aux vents, le diamant s’était terni, les bâtiments s’essoufflaient. "L’île tombait en désuétude. Le diagnostic était sans appel, une partie de l’île était déjà à l’abandon depuis vingt ans. On voyait bien que la petite rustine n’était plus possible", ajoute Marc de Jouffroy. Face à l’inéluctable, il a fallu la diplomatie d’un "fin politicien" pour convaincre les soixante membres de la famille Ricard de sauver leur île. L’objectif: redonner une "seconde jeunesse" à ce fief familial sans en aliéner l’identité profonde, faite de partage et d’humilité."Bendor, avant d’être une aventure hôtelière, c’est avant tout une aventure de familles. C’est aussi ici que notre famille a appris à être une famille.""Tout le monde était enthousiaste, parce que c’était nécessaire, mais personne n’avait envie d’y aller. Alors je me suis plongé dedans, car je me suis marié ici en 2016, mon lien affectif est très fort. Et comme j’avais de l’expérience car j’ai travaillé à la stratégie et au développement du Club Med, j’avais une certaine légitimité", continue Marc de Jouffroy. Il rentre au comité d’administration de Paul Ricard en 2019, tout juste 6 mois avant que la pandémie ne prenne tout le monde de court."Une fois que l’on a su, en interne, que cela pouvait tenir de manière opérationnelle et financière, on a lancé un appel d’offres. Nous avons frappé à la porte d’une quinzaine de groupes hôteliers, et tous ont répondu."Lire aussiLa brasserie Nonna Bazaar est le cŒur battant de Zannier île de Bendor.© Nathalie WarnyLe manifeste des ZannierMais c’est le dernier, et l’outsider, Arnaud Zannier qui emporte l’adhésion en avril 2021. Pour Marc de Jouffroy, le choix du partenaire est le fruit d’un mariage de raison devenu un mariage de passion. "Sur dix jours, j’ai rencontré tous les hôteliers. Avec Arnaud, j’ai tout de suite compris qu’il y avait un supplément d’âme, alors que je ne le connaissais pas. Il était, comment dire, il était habité par le projet", se souvient-il. Arnaud Zannier, dont le groupe Zannier Hotels s’est forgé une réputation mondiale de la Namibie au Cambodge, prône justement une approche "humble" du luxe."En 2011, quand je me suis lancé en disant que le luxe pouvait être plus simple, personne n’en parlait. Aujourd’hui, tout le monde veut surfer sur ce ‘quiet luxury’, mais pour nous, c’est organique", explique Arnaud Zannier.© Nathalie WarnyPour ouvrir le 1er mai dernier, Arnaud Zannier lui-même ne s’est pas ménagé. Il a l’œil sur tout. Me rendant justement au Delos pour le rencontrer, il me dépasse en voiturette. "Nous allons au même endroit, je pense." Sur le temps de monter les escaliers, il ferme une fenêtre, repositionne trois livres. Durant les cinq semaines précédant l’ouverture, il a été vu portant des canapés à bout de bras, passant l’aspirateur et placer une nouvelle table au Soukana, pour que chaque perspective soit parfaite.Car pour Zannier Île de Bendor, il imagine une dualité esthétique saisissante, répartie sur 93 clefs et 8 lieux où casser la croûte ou prendre un apéro. "Ce n’est pas juste un hôtel. Nous avons voulu créer une sorte de destination, où il y a une mixité d’influences, d’atmosphères. Car le terrain de jeu que l’on a permet de donner différentes expériences", poursuit Arnaud Zannier.Lire aussi© Nathalie WarnyFait rare pour le noter: toutes les chambres ont une fenêtre donnant sur la Méditerranée. À l’Est, le Delos et son cloître célèbrent le glamour graphique des années 60. Avec ses 39 clefs, ses rayures audacieuses et son mobilier mid-century, il ressuscite l’âge d’or de la Riviera. Au centre, les maisons Madrague (5 clés), rappellent le charme feutré des petites maisons provençales sur le vieux continent. À l’opposé, sur la pointe Ouest très minérale, le Soukana embrasse une philosophie plus wellness jusque dans l’assiette et inspirée du wabi-sabi, influencée par Axel Vervoordt. "Je me suis nourri de la Belgique quand j’y habitais. Axel Vervoordt, c’est un maître. On s’est beaucoup inspiré de cet univers", précise l’hôtelier. Donnant sur un long couloir de nage et doté d’un rooftop (meilleur point de vue pour admirer le coucher du soleil ou, au large, l’île des Embiez qui appartient également au clan Ricard), ce monolithe de pierre de cinq étages abrite 49 clefs dans une atmosphère de sérénité absolue, où les tons terreux et les matériaux bruts dialoguent avec l’immensité de la mer.The devil is in the detailsCôté décoration intérieure, les différentes atmosphères ont été entièrement pensées par Zannier Design Studio, dont les bureaux sont basés à Gand. Le collectif s’est également attaché à insuffler une dimension de "cabinet de curiosités" à l’ensemble: la fille d’Arnaud Zannier, Zoé, a passé plus d’un an et demi à parcourir, avec Mathilde Acar et Candice Besserve, les foires d’antiquités de Béziers, d’Avignon, de Montpellier et de Parme. "La plupart des pièces ici sont chinées. C’est ce mix entre ces trouvailles singulières, les pièces contemporaines et les créations sur-mesure qui fait la personnalité et la richesse du lieu", précise-t-elle.L’art et le design imprègnent chaque recoin de l’île. Au pied de la majestueuse cage d’escalier du spa, on découvre notamment trois sculptures du studio Hermano, tout droit venues de Belgique© Nathalie WarnyAussi, on retrouve aussi des touches belges ici et là, comme les luminaires Serax ou encore trois sculptures de Studio Hermano au pied de la magistrale cage d’escalier du spa. Trois cents pièces d’art sont disséminées dans les lieux de vie, les lieux de passage aux quatre coins de l’île. Une galerie d’art -sous la curation de la galerie nomade Oraé- et un village des artisans ancrent le projet dans l’héritage artistique de Paul Ricard."Mon aïeul y a mis tellement d’âme et d’émotion. Le lien social, pour lui, c’était une urgence, un besoin vital. Ce lieu, c’est avant tout nos racines."Ainsi on croise des poteries artisanales provençales, des pièces venues d’Indonésie au Soukana (pour rappeler la carte d’inspiration asiatique), et des objets qui semblent avoir toujours appartenu à l’île. Cette exigence s’incarne notamment dans le spa Resonance, véritable cathédrale de bien-être dessinée par les architectes Hardel et Le Bihan. Prenant lieu et place de l’ancien musée Paul Ricard, juste derrière le Nonna Bazaar (qui est le cœur battant de l’île), le spa s’articule autour de quatre piliers essentiels: bien-être, mouvement, nutrition et soins. Inspiré des thermes romains, ce sanctuaire de 1.200m² -le plus vaste de la région- s’articule autour d’un bassin magistral où l’eau affleure les parois de pierre. L’intimité y est absolue, préservée des regards extérieurs par un jeu subtil de moucharabiehs. Ces parois ajourées, véritables dentelles minérales, filtrent la lumière du jour et ne laissent deviner le passage des visiteurs que par des éclats d’ombre et de clarté, renforçant ce sentiment de "privacy" si cher à Zannier Hotels.© Nathalie WarnyAlors que le soir tombe et que la cloche Joséphine tinte au loin, on mesure le chemin parcouru. Bendor n’est pas une caricature de luxe provençal, c’est un lieu habité. Alimenté par les efforts et les sourires de tous. Sous l’œil vigilant de Marc de Jouffroy et d’Arnaud Zannier, l’île a retrouvé sa superbe. Elle est redevenue ce "jardin des arts" où l’on vient pour se délester du superflu et se reconnecter à l’essentiel: la mer, l’art et les autres. Il suffit d’emprunter le chemin qui arpente ce confetti varois, juste derrière l’impressionnante statue de Neptune, pour saisir un fait indéniable: qu’ici, le temps semble perdre sa linéarité. Le patron l’avait prédit avant de s’éteindre: "Bendor restera."À partir de 680 euros la nuit en chambre double, petit-déjeuner compris. La saison au Zannier Île de Bendor est ouverte jusqu’au 1er novembre | www.zannierhotels.comPour les visiteurs d’un jour, les navettes sont offertes durant les deux premiers mois (traversée 10 euros pour les adultes, 5 euros pour les enfants).Lire plusOubliez les algorithmes et l'IA: les influenceurs les plus influents ont 3.000 ansPourquoi Thessalonique est la destination ultime pour la gastronomie grecqueDécouvrez la restauration d'une villa de 1912 à Malmö signée Ragnar Östberg
Bain d'or sur l’île de Bendor: Zannier Hotels réalise le rêve de Paul Ricard
À trois cents mètres des côtes varoises, l’île de Bendor entame le chapitre le plus ambitieux de son histoire. Sous la double égide de Marc de Jouffroy, héritier de la vision de Paul Ricard, et d’Arnaud Zannier, artisan d’une hôtellerie de l’âme, ce confetti de sept hectares se réveille. Entre luxe de l’épure et respect sacré des racines, Sabato a été parmi les premiers à pouvoir s’immerger dans un royaume de roches, d’art et de silence.






