Bruno RaveschotResponsable du service Investir15 mai 2026Aujourd'hui à 05:00Un pas de côté, mais pas en dehors. La volonté de Jerome Powell de continuer à siéger au sein de la Fed, malgré la fin de sa présidence, témoigne de sa pugnacité et de son sens aigu des responsabilités pour préserver l’indépendance de l’institution.Ce vendredi marque le clap de fin du mandat de Jerome Powell à la présidence de la Réserve fédérale américaine (Fed). Un mandat de huit années qui ne se termine toutefois pas complètement, malgré la reprise officielle de ses fonctions par Kevin Warsh. Lors de sa dernière conférence de presse, il y a deux semaines, il avait, en effet, signalé sa volonté de continuer à siéger en tant que gouverneur au sein du comité de politique monétaire de l’institution. Il n’a pas précisé pour combien de temps, mais il peut théoriquement y rester jusqu’en janvier 2028.Cette décision est inhabituelle, car normalement les présidents sortants de la Fed abandonnent l’ensemble de leurs mandats, faisant d’une pierre deux coups. Elle est, aussi et surtout, lourde de conséquences, puisqu’elle bloque de facto la nomination d’un nouveau gouverneur par Donald Trump pour le moment. Plus encore, elle limite le pouvoir d’influence de son successeur choisi par ce dernier, en lui imposant une sorte de "shadow chair", soit un deuxième "président de l’ombre".Soyons clairs: il ne s’agit certainement pas d’un scénario idéal pour le fonctionnement de l’institution. À moins qu’il ne vise à s’assurer que l’indépendance de celle-ci soit, coûte que coûte, préservée. Notamment en raison de l’arrivée à sa tête d’un candidat redouté par certains comme la marionnette du locataire de la Maison-Blanche.Rester sur le frontHarcelé depuis des mois par Donald Trump pour qu'il baisse les taux de la Fed, Jerome Powell a résolument décidé d’endosser le rôle de résistant à cet égard. Ciblé par une enquête du département américain de la Justice sur les dépenses jugées excessives de la rénovation du siège de l’institution, l’homme n’a pas manqué de la dénoncer comme une manœuvre politique visant à influencer les décisions de politique monétaire. Il a d’ailleurs implicitement conditionné son départ à l’abandon pur et simple de cette procédure, qui a été écartée depuis lors, mais sans véritable garantie qu’elle ne refasse surface.Bien plus que sa qualification à tort de l’inflation comme "transitoire" dans la foulée du covid et de la guerre en Ukraine, on retiendra finalement surtout de Jerome Powell qu'il est celui qui a osé tenir tête à Donald Trump pour maintenir l’indépendance et donc la crédibilité de la Fed. Il est l’une des rares figures de l’establishment de Washington à s’être dressée fermement face à des attaques incessantes et même volontairement humiliantes. Sa décision de rester au front dans ce contexte témoigne de sa pugnacité et de son sens aigu des responsabilités.L’indépendance de la Fed n’est pas une variable à prendre à la légère. Car de la crédibilité de la banque centrale américaine dépend la stabilité des marchés américains, mais aussi, vu leur poids, celle de l'ensemble de la finance mondiale. L’acte de bravoure du soldat Powell mérite en ce sens d’être salué. Gageons que son successeur, qui sera jugé sur pièce dès la prochaine réunion de la Fed fin juin, puisse s’en inspirer.
Édito | Le soldat Powell n’a pas encore baissé les armes
Un pas de côté, mais pas en dehors. La volonté de Jerome Powell de continuer à siéger au sein de la Fed, malgré la fin de sa présidence, témoigne de sa pugnacité et de son sens aigu des responsabilités pour préserver l’indépendance de l’institution.











