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l est des matières qui semblent indissociables d’une certaine idée de la féminité – fragile, délicate, un peu surannée. Ainsi de la dentelle, longtemps assignée aux trousseaux nuptiaux, privilégiée par les cours royales et l’aristocratie européenne du XVIe siècle, avant de se loger dans les garde-robes bourgeoises et les tiroirs de lingerie fine. Dans l’imaginaire collectif, elle reste attachée à l’été, à la légèreté d’une robe ajourée. Mais cet automne, loin de la mièvrerie estivale, la dentelle revendique sa part d’ombre.
Car la mode, en ce moment, regarde du côté du gothique. Faut-il y voir l’influence de la culture populaire, à l’heure où le cinéma ne cesse de revisiter l’imaginaire du XIXe siècle ? Après le Nosferatu de Robert Eggers (2024) viendra en novembre le Frankenstein de Guillermo del Toro pour Netflix. Silhouettes corsetées et cols hauts s’y déploient comme autant d’armures baroques, la dentelle se faisant, elle, arachnéenne. Celle-là même qui fut privilégiée par les veuves de l’époque victorienne, les héroïnes de l’ère édouardienne, comme les gothiques et les punks des années 1970 et 1980.
En couvrant le corps, la dentelle se fait ainsi protection, cuirasse, parfois provocation. A l’image de la version radicale que Thierry Mugler en avait donnée lors de son défilé printemps-été 1992, intitulé « Les Cowboys ». Une robe fourreau en dentelle de caoutchouc, reportée trente-trois ans plus tard par la mannequin Kendall Jenner lors de l’after-party des Oscars 2025.






