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lors que nous traversons la frontière libanaise en direction de la Syrie, notre chauffeur nous désigne nonchalamment une trace sur la route, stigmate des bombardements aériens orchestrés ici par Israël, dans le contexte chaotique qui a suivi la chute du régime d’Al-Assad, le 8 décembre 2024. C’était au début du mois de mai. Nous nous rendions alors en Syrie dans le cadre d’une évaluation initiale de la gestion des armes et des munitions, entreprise par Norwegian People’s Aid et mon organisation, le Small Arms Survey [un centre de recherches appliquées sur les armes légères et la violence armée de l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève].

Peu de temps avant ce voyage, une série de frappes israéliennes avait visé des dépôts d’armes et des installations de stockage en Syrie, mais ces frappes n’ont guère contribué à empêcher le pillage généralisé de milliers de pistolets, fusils, mitrailleuses, lance-grenades, mortiers, lance-missiles et lance-roquettes portatifs – collectivement désignés sous le nom d’armes légères et de petit calibre – accumulés pendant plus de cinquante ans par le régime d’Al-Assad.

Selon des estimations [relayées par le média Inkstick], des dizaines de milliers d’armes légères et de petit calibre syriennes auraient déjà fait l’objet de vol ou de trafic. Ces événements ont eu des conséquences immédiates et stupéfiantes. Dans certaines régions syriennes, le prix d’un fusil d’assaut de type AK a chuté à un quart de sa valeur marchande d’avant l’effondrement du régime, selon l’association syrienne de médias Enab Baladi. Au Liban, on peut se procurer ce type de modèle pour à peine 50 dollars [environ 43 euros].