D
ans La Muse démocratique, le magnifique livre qu’elle consacre à Henry James en 1998, Mona Ozouf fait de l’écrivain anglo-américain un maître de l’indétermination. Ses romans et nouvelles laissent toujours place à l’ambiguïté morale, à l’incertitude des motivations comme des intentions, ainsi qu’à une forme de silence délibéré dans le récit. James n’assène nulle vérité, ne tranche que rarement et préfère exposer des situations complexes, aux interprétations ouvertes, voire insaisissables.
Là réside en partie le génie de l’écrivain qui se montre fidèle à notre impossibilité de tout savoir, de tout comprendre et de tout dire. Ce refus du simplisme, du jugement catégorique, ce goût de la nuance comme de la réserve, cette place laissée au doute font de Henry James l’un des romanciers les plus raffinés qui soient. Des plus civilisés, aussi, puisque ces silences ne sont en rien des manques, des vides, mais un espace de liberté laissé au lecteur – une générosité à rebours de notre époque.
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