« Le Monde et vice versa » (Madly in All Directions), de James Morrow, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sara Doke, Au diable vauvert, 400 p., 24 €, numérique 13 €.

On a raison de se méfier de Harvard. Un établissement qui a formé et diplômé le romancier et novelliste de fantasy américain James Morrow, né en 1947, doit être tenu bride courte, scruté d’un œil vigilant. En effet, depuis qu’on l’a découvert en France, l’année 1989, avec Le Vin de la violence (Denoël) et son humanité clivée entre « mangeurs de cerveau » et pacifistes dévots, jusqu’à ce vertigineux Le Monde et vice versa, un récit de Terre creuse, Morrow nous aura à peu près tout fait, tout et le contraire de tout.

Ses lecteurs auront pu, grâce à lui : croiser un graveur de pierres tombales obsédé par le péril atomique (Ainsi finit le monde, Denoël, 1988), un père juif et sa fillette thaumaturge marchant sur les eaux (Notre mère qui êtes aux cieux, J’ai lu, 1991), la fille newtonienne d’un chasseur de sorcières (Le Dernier Chasseur de sorcières, Au diable vauvert, 2003), contempler le cadavre de Dieu flottant dans l’Atlantique avant d’être exposé dans un parc d’attractions puis d’exploser (La Trilogie de Jéhovah, Au diable vauvert, 2016), reconsidérer Godzilla, entendre Lazare soutenir mordicus qu’il n’a pas été ressuscité ou passer sous l’arche de Darwin. Et tout cela avec l’irrévérence charmante et érudite d’un disciple fieffé de l’Encyclopédie, un art swiftien de dégonfler la baudruche divine puis d’en faire un chapiteau de cirque. Dieu est mort, on va pouvoir jouer à montrer son ombre, tel est le credo de James Morrow.