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n ne peut pas en vouloir aux présidents américains de s’adapter aux circonstances internationales changeantes. Jimmy Carter (1924-2024), élu sur un programme de détente avec l’URSS, a fini en président faucon après l’invasion de l’Afghanistan. Ronald Reagan (1911-2004), élu dans la foulée sur une ligne dure, a fini négociateur en chef avec le leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev. George W. Bush, arrivé au pouvoir sur un programme presque isolationniste, a lancé deux guerres dévastatrices en Afghanistan, puis en Irak, à la suite des attentats du 11 septembre 2001.

Mais ce qui frappe avec la décision de Donald Trump de se joindre aux frappes israéliennes contre l’Iran, c’est qu’elle survient sans événement déclencheur surdéterminant, et cinq mois seulement après un retour au pouvoir marqué par la volonté explicite de ne plus intervenir militairement à l’étranger. Le 20 janvier, dans son discours d’investiture, il déclarait : « Nous mesurerons notre succès non seulement à l’aune des batailles que nous remporterons, mais aussi des guerres auxquelles nous mettrons fin – et, peut-être plus important encore, des guerres dans lesquelles nous n’entrerons jamais. »

Or, le feu vert donné par Trump à Benyamin Nétanyahou pour son offensive contre l’Iran commencée le 12 juin faisait clairement courir le risque de l’engrenage, soit qu’Israël se trouvât en difficulté, soit que la tentation fût trop grande d’en profiter pour frapper le programme nucléaire iranien de façon décisive. C’était le calcul de Nétanyahou, et ce qui arriva.