HENRY HARGREAVES POUR « LE MONDE » / STYLISME CULINAIRE : CHARLOTTE OMNÈS

Philippe Cam est né à Nantes en 1980. Sa mère, Danielle, est française. Son père, Chan, était vietnamien. Ses deux sœurs, Mai-Linh et An-Xuân (qui témoignera dans l’épisode suivant), héritent d’un prénom vietnamien. Lui, d’un prénom français. « Mon père a voulu me donner un prénom français pour me faciliter une forme d’intégration, bien que je sois né en France et que ma mère soit française. » Son père trouve également que les prénoms vietnamiens sont plus jolis pour les filles que pour les garçons. S’ajoute à cela une explication phonétique : « Philippe était plus simple à prononcer en vietnamien. »

Pourtant, Philippe Cam s’est toujours senti étranger à son propre prénom. Dans les années 1980, Philippe est déjà un prénom « old fashioned » (« démodé »), dit-il. « J’avais espoir qu’il revienne à la mode, mais cela n’a jamais été le cas. » Il a toujours ressenti une forme de décalage entre son apparence physique et l’idée qu’il se fait de « ce prénom de vieux ». « J’ai toujours eu l’impression de ne pas être rattaché visuellement à mon prénom. Quand je me regarde dans la glace, je ne vois pas un Philippe. » Philippe a 44 ans. « Physiquement, je fais très jeune, c’est bizarre de le dire comme ça mais c’est une réalité, tout le monde me le dit. »