« Histoire (dé)coloniale de la philosophie française. De la Renaissance à nos jours », de Thierry Hoquet, PUF, 336 p., 23 €, numérique 16 €.
Alors que la philosophie des Lumières, au temps de la Révolution française, était censée rayonner vers les colonies des Antilles, l’ancien esclave devenu général Toussaint Louverture (env. 1743-1803) se retrouva mis aux fers. Pourtant, ne faisait-il pas qu’appliquer à Haïti l’idée de progrès de la raison et de la liberté qui venait de triompher à Paris ? Dans Histoire (dé)coloniale de la philosophie française, le philosophe Thierry Hoquet interroge la philosophie à partir de telles contradictions, qui exposent les penseurs, en France, à ce qui s’est joué de l’autre côté des mers, durant les différentes entreprises coloniales menées par leur pays.
En une série de chapitres chronologiques, dont la première borne est 1492, date du début de la conquête du continent américain par les Européens, le livre examine jusqu’à notre époque les traces laissées par le fait colonial dans les œuvres philosophiques. Tout en reconnaissant que celles-ci ne sont pas exemptes de « cadres de pensée hiérarchiques, dominateurs, racistes », ce projet historiographique entend se démarquer, comme le signale la nuance orthographique dans le titre du livre, de l’approche théorique dite « décoloniale ». « S’il s’agit de (dé)colonial plutôt que de décolonial, explique Thierry Hoquet, c’est que le projet n’est pas de déconstruire des savoirs ou des imaginaires européens supposés dominants et oppressifs, mais de voir au contraire comment la colonisation a provoqué des retours réflexifs et critiques. »






