MARTIN BERTRAND/HANS LUCAS VIA AFP

« Langue paternelle » (Literatura infantil), d’Alejandro Zambra, traduit de l’espagnol (Chili) par Denise Laroutis, éd. Christian Bourgois, 252 p., 22 €, numérique 16 €.

Alejandro Zambra n’est pas de ceux qui regrettent d’être devenus pères sur le tard. Bien au contraire. De son propre aveu, l’écrivain chilien, né en 1975, en savoure les joies bien plus qu’il ne l’aurait fait vingt ans plus tôt. « A 42 ans, la paternité a été pour moi une vraie fête. Nous savons déjà que, jusque dans les fêtes les plus réussies, il y a des moments où l’euphorie se mêle avec l’égarement ou avec l’ingrate conscience qu’il faudra demain se lever tôt et faire la vaisselle. Mais, si je devais résumer ces cent cinquante et quelques jours en une courte phrase, mon télégramme dirait ceci : je me régale », note-t-il, au 158e jour de la vie de son fils, Silvestre.

Après Poète chilien (éd. Christian Bourgois, 2023), où il décrivait la relation de proximité entre un écrivain et son beau-fils, l’auteur, dans Langue paternelle, son huitième livre traduit, documente cette fois les progrès de son propre enfant durant sa première année et consigne avec bonheur les réflexions qu’ils lui inspirent. Il s’émeut lors des siestes effectuées ensemble, l’un posé sur le ventre de l’autre, s’enorgueillit du premier mot de son rejeton (« papa »), et s’irrite lorsque le vendeur de la boulangerie, les voyant seuls tous les deux, l’interroge sur l’absence de la mère. Il écrit aussi des centaines de poèmes sur son téléphone et se demande pourquoi diable on méprise l’expression « littérature enfantine » (qui donne son titre original à l’ouvrage), alors qu’à ses yeux la littérature est précisément cet acte de retour à l’enfance.