« Le Guépard » (Il Gattopardo), de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro, Points, « Grands romans », 378 p., 8,95 €.
« Candido ou un rêve fait en Sicile » (Candido), de Leonardo Sciascia, traduit de l’italien par Nino Frank, Les Belles Lettres, « Domaine étranger », 152 p., 13,90 €, numérique 10 €.
« Les Imbéciles » (Gli imbecilli), de Giovanni Papini, traduit de l’italien par Sonia Broyart et Fabienne Lesage, Allia, 48 p., 3,20 €.
Il y a une photo qui dit tout. Prise à la fin de sa vie, on y voit Giuseppe Tomasi, prince de Lampedusa (1896-1957), assis, massif et solitaire, clope aux doigts et tout en noir, à l’extrémité d’un banc de pierre. Un vide énorme emplit le siège à sa droite. Lui arbore la dignité désenchantée d’un souverain en exil ou endosse l’amertume prostrée d’un veuf inconsolable. Les deux sans doute, celles d’un homme qui aura connu les palais palermitains cariés par le temps, les fosses communes de Caporetto et l’Italie pétaradante des années 1950.
C’est très exactement ce mélange de longue mémoire, de morgue digne et farouche et de dépossession lucide qui hante Le Guépard, son unique roman testamentaire, paru de façon posthume en 1958 et dont Visconti fera, en 1963, une fastueuse chorégraphie crépusculaire. Relire ce chant du cygne noir, sublimement traduit, offre une très grande félicité. Chronique sicilienne de 1860, avant tout, que ce Guépard ! Période garibaldienne, où l’île ardente et somnolente voit l’avènement des temps nouveaux, qu’on proclame à son de trompe être ceux de la modernité sociale et de l’ouverture démocratique, et qui n’est que l’ère des métayers enrichis et de la version italienne de l’orléanisme affairiste.








