A
u centre de la traditionnelle « photo de famille » immortalisant, à Lausanne (Suisse), le 2 avril 2015, l’heureux dénouement des tractations diplomatiques sur le nucléaire iranien, une diplomate se distinguait. Entourée des représentants des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), de l’Allemagne et de l’Iran, l’Italienne Federica Mogherini, alors haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, faisait doublement exception. Seule femme au milieu d’un aréopage masculin, elle était aussi, et surtout, la seule à ne pas représenter un Etat mais 27.
Les pourparlers lémaniques qui aboutirent à la signature, en juillet 2015, des accords de Vienne [sur le nucléaire iranien] constituent rétrospectivement un apogée pour la crédibilité et le rayonnement diplomatiques de l’UE, dont trois membres (Allemagne, France et Royaume-Uni) étaient par ailleurs représentés individuellement à une table des négociations dont la moitié des convives provenaient donc du Vieux Continent, au cœur duquel étaient organisées les tractations.
Dix ans plus tard, et alors que Donald Trump a, durant son premier mandat présidentiel, déchiré les accords de Vienne, une autre femme, l’Estonienne Kaja Kallas, est à la tête d’une diplomatie européenne dans la tourmente et sur la touche. Tenue à l’écart des négociations bilatérales engagées par Donald Trump avec Téhéran, par l’intermédiaire du sultanat d’Oman, elle a le plus grand mal à faire entendre sa voix depuis qu’Israël s’est lancé dans une aventure militaire contre l’Iran. Accusée par certains d’être trop focalisée sur la seule menace russe, la haute représentante pâtit surtout d’un brutal changement de climat géopolitique.














