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’émotion légitime suscitée dans l’opinion par des événements dramatiques et l’utilisation politique qui peut en être faite conduisent gouvernants et opposition à se précipiter pour exprimer leur compassion avec les victimes, interpréter les faits et promettre, dans l’instant, des mesures destinées à éviter leur réitération. Ainsi, quelques heures après le meurtre, mardi 10 juin, à Nogent (Haute-Marne), de Mélanie G., 31 ans, surveillante au collège Françoise-Dolto, par un élève de l’établissement âgé de 14 ans, le président de la République et le premier ministre ont rivalisé de vigueur pour stigmatiser un « déferlement de violence insensé » pour le premier, une « vague qui progresse » selon le second, et proposer des remèdes peu convaincants comme l’interdiction de la vente d’armes blanches aux mineurs et l’expérimentation de portiques de détection.
Le constat est indéniable : longtemps rarissimes, les attaques au couteau visant des personnels d’établissements scolaires et des adolescents se sont multipliées ces dernières années, en France comme ailleurs, de même que les actes de grande violence commis par des mineurs (alors même que la délinquance de ces derniers baisse globalement). Mais la regrettable absence de statistiques sur l’usage des armes blanches, et sur la longue durée, rend difficile une analyse objective de ces tragédies. D’autant qu’à chaque drame la droite et l’extrême droite tendent à confisquer le débat en plaquant leurs thèmes de prédilection : l’immigration, les « quartiers perdus », l’« ensauvagement », la « culture de l’excuse », etc.











