L’écrivaine Catherine Cusset, à Paris, en 2025. STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

« Ma vie avec Proust », de Catherine Cusset, Gallimard, « Ma vie avec », 240 p., 18 €.

Catherine Cusset est une proustienne cohérente. Elle a placé la question du temps, de ce qu’il fait aux êtres, au cœur de son travail de romancière (voir Un brillant avenir, L’Autre qu’on adorait, La Définition du bonheur… Gallimard, 2008, 2016 et 2021). On pourrait dire que le temps est aussi le centre de l’essai littéraire Ma vie avec Proust, dans lequel l’écrivaine, née en 1963, évoque son compagnonnage avec l’auteur (1871-1922) d’A la recherche du temps perdu, entamé à l’adolescence. Car en relatant ses lectures successives du chef-d’œuvre, Catherine Cusset donne à voir l’effet des années et de l’expérience (intellectuelle, amoureuse, amicale…) sur sa perception et sa sensibilité, autant qu’elle livre une analyse riche, vivace, précise, de l’œuvre.

« J’ai lu trois fois A la recherche du temps perdu en entier : à 15 ans, comme le grand roman de l’amour ; à 20 ans, comme le grand roman de la société ; à 50 ans, comme le grand roman de l’écriture. » Ainsi commence l’ouvrage, qui va se construire autour de ces thématiques, et circuler entre le texte proustien et la vie de l’autrice. Dans les chapitres sur l’amour, elle se rappelle l’adolescente follement éprise qu’elle fut. La lycéenne s’était reconnue dans la « façon obsessionnelle d’aimer » caractérisant le lien du narrateur, Marcel, à Gilberte et Albertine, de Swann à Odette ou Charlus à Morel, et se repaissait de la lucidité de l’écrivain, qui, écrit-elle, « articule avec une intelligence infinie les sentiments confus, violents, douloureux qui m’habitaient ».