La dépouille d’un aigle photographiée par Marcel Griaule, en Ethiopie, en 1932. MARCEL GRIAULE/MUSÉE DU QUAI BRANLY-JACQUES CHIRAC

« Poussière d’oiseaux. Une autre histoire de la mission Dakar-Djibouti », de Julien Bondaz, B42, « Culture », 176 p., 19 €.

On pensait que tout (ou presque) avait été écrit sur la mission Dakar-Djibouti, qui a permis de collecter, entre 1931 et 1933, plus de 3 500 objets ethnographiques africains venus remplir les collections du Musée du Trocadéro, qui sont celles du futur Musée du quai Branly-Jacques-Chirac. Or, l’ethnologue Julien Bondaz, avec son nouvel essai, Poussières d’oiseaux, nous propose une version inattendue de son histoire, en partant de celle des oiseaux.

Omniprésents pendant l’expédition dirigée par l’ethnologue Marcel Griaule (1898-1956), ceux-ci ont été dessinés, photographiés, décrits, analysés pour leur pouvoir symbolique ou thérapeutique. Ils apparaissent fréquemment dans les artefacts achetés – ou volés – qu’on retrouve exposés dans la pénombre des vitrines : un bec, une plume ou un crâne, là sur un masque, ici sur une lance. Une poignée de volatiles seront même capturés pour rejoindre la ménagerie du Jardin des plantes.

Sans parler de ceux qui, après avoir été tués, énucléés, vidés, nettoyés, séchés avec du sable, traités à l’arsenic, puis emballés, mis en caisses, transportés à dos de mulet, en camion, en bateau, en train, ont fini dans les réserves du Muséum national d’histoire naturelle sans pouvoir être exposés, « leur rigidité définitive interdi[sant] toute possibilité de montage ».