PHOTO CHARLES NEGRE POUR M LE MAGAZINE DU MONDE. SCÉNOGRAPHIE CAMILLE LICHTENSTERN

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u début du XXe siècle, dans les villes et villages du sud de la France, les épiciers, barbiers, bouchers, boulangers tenaient généralement boutique à l’avant et vivaient à l’arrière. L’habitat était modeste, le quotidien se partageait entre l’accueil des clients et la vie de famille. Suspendu à l’entrée du magasin dans l’embrasure de la porte, le rideau de perles permettait de laisser la porte de l’échoppe ouverte pendant les fortes chaleurs estivales. L’air circulait ainsi librement, rafraîchissant l’espace, tandis que les perles filtraient la lumière directe du soleil et empêchaient, surtout, les insectes volants de pénétrer.

Quant au petit bruit caractéristique produit par l’entrechoquement des perles au passage du client, il signalait, discrètement mais sûrement, sa présence à l’artisan, qui quittait alors son arrière-boutique pour l’accueillir. Cet objet aussi décoratif qu’ingénieux, car suffisamment opaque pour cacher et séparer tout en étant beau et léger comme une brise d’été, est aujourd’hui redécouvert.

En 2013, Amélie Ricard a repris les rênes de l’entreprise de rideaux de perles fondée par son arrière-grand-père un siècle plus tôt à Montfavet, près d’Avignon (Vaucluse), réalisant son rêve d’enfance. Elle a renommé la Maison Reboul – transmise par son aïeul, Emile Reboul, à ses grands-parents puis à sa mère –, Maison 1909, en référence à l’année de fondation de la manufacture, et perpétue depuis une histoire de famille et de savoir-faire.