« Transformations », de Bertrand Leclair, Actes Sud, 215 p., 22 €, numérique 17 €.

LA NUIT TRANSFIGURÉE

Transformations, de Bertrand Leclair, est d’abord une magnifique relecture de La Métamorphose de Franz Kafka (1915), qui s’appelle en vérité « la transformation » (Die Verwandlung) puisque, si Kafka avait voulu l’appeler « la métamorphose », il aurait choisi le mot allemand pour la dire, à savoir Metamorphose. Alexandre Vialatte, son premier traducteur français (Gallimard, 1938), a sans doute choisi ce terme pour rendre compte avec force de la brutale mutation d’un homme en insecte et de l’effet renversant que ce petit roman a eu sur lui – et ce titre s’est imposé en français.

Bertrand Leclair n’oppose jamais ses activités d’écrivain et de critique lecteur, comme en témoignent la plupart de ses livres, de L’Invraisemblable Histoire de Georges Pessant (Flammarion, 2010) à Perdre la tête (Mercure de France, 2017), tissant à partir d’elles des formes belles, croisant l’essai et le récit. Sa phrase, ample, emporte ensemble la vie et l’art, dans une énergie communicative qui ne cesse de célébrer les puissances de la littérature, l’effet d’électrochoc produit par certaines paraboles, les flashs déchirants que provoquent certaines phrases, entraînant des visions et faisant trembler le petit monde autour de soi.