HENRY HARGREAVES POUR « LE MONDE » / STYLISME CULINAIRE : CHARLOTTE OMNÈS

Hassina D. est née à Sétif, en Algérie, en 1959. Neuf mois plus tard, elle arrive en France. Ses parents, Deloula et Brahim, s’installent à Vichy, dans l’Allier. Hassina est la quatrième enfant d’une fratrie de dix, complétée par Rebiha, Abdelkader, Malika, Mohammed, Mustapha, Kamel, Nabil, Azzedine et Lyès.

Très attachés à leurs racines, ses parents donnent des prénoms arabes à tous leurs enfants. « Mes parents ont fait la guerre d’Algérie. Ma maman a vu son propre frère tué par les Français. Il était hors de question, par rapport à ce qu’ils avaient vécu, de perdre leur identité. Donner à leurs enfants des prénoms arabes était une manière fière et digne de la conserver coûte que coûte. »

En France, Hassina est un prénom plutôt rare. « Il y a beaucoup d’Anissa ou d’Assia, moins d’Hassina. » Elle n’en a croisé que trois dans sa vie. Un jour, dans un hammam en Algérie, quelqu’un hurle son prénom, et une autre femme répond. Une autre fois, dans une salle de conférences où les auditeurs sont désignés par une pancarte, deux écriteaux « Hassina » se retrouvent côte à côte. Une troisième fois, elle rencontre la fille d’une amie de sa mère, qui s’appelle comme elle. « Je suis assez contente qu’il n’y ait pas 25 Hassina au mètre carré. » Cette rareté n’est pas la première chose que les gens remarquent dans son prénom. « Pour les gens, Hassina est avant tout un prénom qui sonne arabe. »