Camiel Fortgens, à Amsterdam, en octobre 2024. EVA ROEFS

Pour évoquer le style volontairement approximatif qu’il s’est choisi, le Néerlandais Camiel Fortgens, 33 ans, se vanterait presque d’avoir été un élève médiocre. « Je suis tellement impatient que mon travail a toujours semblé imparfait, un peu bâclé », dit-il, la tête haute. A la Design Academy d’Eindhoven (Pays-Bas), établissement à la lisière de l’art et du design, ce fils d’un artiste-peintre et d’une thérapeute en périnatalité s’est essayé à tout : imaginer un bâtiment, dessiner une chaise, fabriquer des céramiques…

Au moment de signer une collection de fin d’études, il revient à la mode qui l’excitait lorsque, adolescent, il était attiré par des marques comme Diesel ou Acne Studios et se bricolait « un look vaguement skateur et très Amsterdam » : lunettes sans verres, jean Levi’s jaune délavé, baskets Patta. Il n’a jamais appris à faire un patron. Qu’importe, il crée un jean, une veste ou encore un tee-shirt en 2D, tous plats et détonnants. Une approche conceptuelle qui lui vaut des encouragements.

« A partir de là, je me suis demandé : pourquoi, alors que nous sommes parfois attachés sentimentalement à un ourlet inachevé ou à un bouton recousu, les vêtements qui nous entourent sont-ils tous à ce point parfaits ? » Ainsi naît son label personnel qui développe des collections non genrées aux tons variés et émaillées, vues de près, de malfaçons. On peut ainsi tomber sur un bouton manquant sur des vestes workwear, des bords francs sur des surchemises et des survêtements, des fils qui pendent sur des bermudas ou des jupes plissées. Un prêt-à-porter comme un éloge du négligé.