Suzanne Duval, à Paris, en avril. BAMBERGER/OPALE.PHOTO

« Vachette », de Suzanne Duval, P.O.L, 256 p., 18 €, numérique 13 €.

Autant les rayons « livres pratiques » des librairies croulent sous les ouvrages consacrés à la grossesse, autant les sections « littérature » restent étonnamment dégarnies en ce domaine. L’après-accouchement, l’arrivée d’un enfant, a fini par faire l’objet de rares textes que des néoparents avisés se recommandent les uns aux autres – en tête, les merveilleux Le Bébé, de Marie Darrieussecq (P.O.L, 2002), et Troisième personne, de Valérie Mréjen (P.O.L, 2017). Pour ce qui est de l’avortement, Annie Ernaux a ouvert la voie avec Les Armoires vides (Gallimard, 1974) et L’Evénement (Gallimard, 2000). Parmi les autrices à s’être inscrites dans ses pas figure Suzanne Duval, avec son très remarqué Ta grossesse (P.O.L, 2020).

L’ombre de ce précédent roman plane sur Vachette, le troisième de l’écrivaine, née en 1986. Il y est, cette fois, question d’une gestation menée à son terme, vécue d’un bout à l’autre avec enthousiasme, nonobstant nausées et angoisse. Et la manière dont ce texte surprenant et drôle place en son cœur la difficulté de rendre compte par le langage de cette expérience physique, psychique et, allons-y pour les grands mots, ontologique, nous donne une idée de certaines raisons pour lesquelles si peu d’autrices s’y sont, jusqu’ici, frottées. Au-delà du fait que ces « histoires de bonnes femmes » furent si longtemps tenues pour méprisables.