Fadéla M’Rabet, à Paris, en mars 2018. JEAN-MARC ZAORSKI / GAMMA-RAPHO

Pionnière du féminisme en Algérie, docteure en biologie, enseignante, écrivaine et militante, Fadéla M’Rabet (née Abada) est morte, mercredi 14 mai, à Paris, à l’âge de 90 ans. Née le 12 avril 1935 à Skikda, sur la côte est du pays, engagée au sein du Front de libération nationale (FLN) après l’appel à la grève des étudiants du 19 mai 1956, elle ne s’était jamais « rangée » après l’indépendance du pays, en 1962.

Refusant l’injonction implicite de ses ex-frères d’armes de retourner en cuisine, son combat s’était poursuivi par la défense de l’émancipation des femmes. Elle n’a pas épargné les « progressistes » algériens, censés être plus ouverts. « Les hommes les plus progressistes – même les marxistes –, quand il s’agit de la femme, sont réactionnaires », disait-elle, en 1968, pour évoquer une misogynie qui s’étendait bien au-delà des milieux religieux conservateurs.

Fille d’un lettré réformiste formé à l’Institut islamique Ez-Zitouna de Tunis, Fadéla M’Rabet grandit dans un environnement ouvert. A Skikda, son père est le premier à envoyer ses filles à l’école. Sa grand-mère, « Djedda Djemaa », sage-femme et femme libre, incarne un modèle d’indépendance qui influence durablement la jeune fille.