L

e silence autour des violences sexuelles et physiques commises au sein de l’institution catholique Notre-Dame de Bétharram nous paraît aujourd’hui incompréhensible. Malgré le signalement d’une enseignante en 1994, malgré l’alerte lancée par un responsable de l’association des parents d’élève en 1995, malgré une plainte pour viol contre le directeur de l’établissement en 1997, l’institution, jusque dans les années 2020, n’a jamais été vraiment inquiétée – ni par l’éducation nationale, ni par la justice, ni par les élus locaux.

Comment comprendre cet aveuglement ? La sociologie de la construction des problèmes sociaux nous permet de saisir ce qui a rendu difficile, voire impossible, jusque très récemment, à Notre-Dame-de-Bétharram comme ailleurs, l’émergence, dans l’espace public, du problème des violences sur les mineurs et les mineures. Un problème social est toujours le résultat d’un processus de revendications publiques portées par un ou des groupes.

Pour que ce processus fonctionne, encore faut-il que les protagonistes se vivent comme les vraies victimes d’un véritable dommage, qu’ils se reconnaissent, qu’ils se parlent, qu’ils se comptent, et que leur cas témoigne d’un dispositif structurel considéré comme négatif. Or, tous ces éléments étaient absents du paysage culturel et moral français dans les années 1990, au moment où les premières dénonciations visent les personnels de Notre-Dame-de-Bétharram.