CHRONIQUE. L’AfD double son score et frise la majorité absolue. Succès fracassant pour un parti dont la feuille de route donne la nausée, écrit Metin Arditi

Souvenons-nous. En 2015, Madame Merkel était chancelière depuis dix ans. Parcours impeccable, image d’ancienne physicienne pragmatique, couverte de louanges par les médias internationaux, respectée par les dirigeants européens, et à l’interne, de l’an 2000 à 2014, élue huit fois de suite à la tête de son parti, la CDU (chrétiens-démocrates). Et voilà que la machine se grippe. Trop de succès cumulés? Trop de bravos? Comment tant d’applaudissements durant tant de temps ne sécréteraient-ils pas une petite poussée de hubris? Face à une vague migratoire estimée à un million d’êtres humains démunis, Madame Merkel prend la posture de la donneuse de leçons à l’Europe entière et lance son «Wir schaffen das». En d’autres termes: on s’en occupe, Coco. Résultat des courses: onze années plus tard, lors d’une élection mobilisant 77% des électeurs de la Saxe-Anhalt, l’AfD, l’Alternative pour l’Allemagne, sacrée alternative, en effet, double son score précédent et frise la majorité absolue, réduisant de moitié celui de la CDU. Succès fracassant pour un parti dont la feuille de route donne la nausée. Avec en point d’orgue un terme nouveau dans le paysage, «Remigrationspolitik», autrement plus large et plus inquiétant que celui utilisé jusque-là, «Abschiebung», qui veut dire expulsion, et dont la cible est infiniment plus restreinte. Comme quoi, la vanité sera toujours le plus pernicieux des péchés.