Une étude, cosignée par l’EPFL, l’ETH Zurich et l’Université de Zurich, montre comment les données satellitaires peuvent renforcer l’analyse des conflits au service de l’humanitaire. Elle contribue à mieux évaluer les conséquences des guerres et à en limiter les effets sur les populations civiles.Les conflits armés provoquent des pertes humaines, mais aussi des destructions massives d’infrastructures et des déplacements de population dont les effets peuvent se faire sentir pendant des années. Pour analyser ces dynamiques, les chercheuses et chercheurs s’appuient traditionnellement sur des données textuelles recensant des actes de violence individuels, souvent issues des médias. Ces sources présentent toutefois des limites, notamment parce qu’elles dépendent de témoins ou de journalistes sur le terrain.Une étude publiée dans Nature montre désormais comment les données satellitaires peuvent compléter ces informations afin d’offrir une compréhension plus complète des situations de conflit. Menée dans le cadre de l’initiative Engineering Humanitarian Action, elle réunit des chercheurs et chercheuses de l’EPFL, de l’ETH Zurich et de l’Université de Zurich.Depuis plusieurs années, les recherches Devis Tuia, professeur au Laboratoire de science computationnelle pour l'environnement et l'observation de la Terre de l’EPFL et co-auteur de l'étude, portent sur le développement de nouvelles techniques permettant d’extraire de l’information à partir de grandes quantités de données hétérogènes, notamment celles issues des satellites.Une vision plus complète des conflits«Grâce à une haute résolution et à une fréquence de passage élevée, l'observation des conflits depuis l'espace fournit des données permettant d'évaluer les dégâts, d'analyser la dynamique démographique et d'apprécier l'état des infrastructures à grande échelle. Ces données, quand elles sont associées à d’autres, offrent une perspective complémentaire d’analyse des conflits», explique Devis Tuia.Utilisées seules, les données satellites présentent toutefois certaines limites. Le manque de données de référence dans les zones de conflit complique leur interprétation et certains événements demeurent difficiles, voire impossibles, à détecter depuis l’espace.Les scientifiques montrent ainsi comment combiner données satellitaires et données textuelles afin de surmonter ces contraintes et d’obtenir un tableau aussi complet que possible de la situation.Trois approches pour combiner les donnéesL’étude présente trois approches d’utilisation des données satellitaires dans un but d’amélioration, d’enrichissement et de fusion. Ainsi, la fusion de différentes catégories de données permet de dégager des synergies, allant de l’enrichissement mutuel des données à l’utilisation simultanée des données pilotées par l’IA. «Dans ce contexte, l’IA permet d’exploiter les synergies entre les données plutôt que de les utiliser uniquement comme des sources complémentaires», ajoute Devis Tuia. On peut, par exemple, mettre en évidence des associations entre l’origine ethnique, les typologies de bâtiments et les stratégies de ciblage. Les auteurs et autrices ont testé ces concepts d’intégration de données dans deux cas d’étude: en Ukraine et au Myanmar.Dans les conflits armés, l’un des plus grands défis pour les organisations humanitaires consiste à comprendre ce qui se passe dans des zones auxquelles elles ne peuvent pas accéder en toute sécurité.En Ukraine, les équipes ont croisé des données satellitaires sur les bâtiments endommagés, avec des données textuelles indiquant quelle partie au conflit contrôlait une zone donnée et à quel moment. Cette combinaison a révélé que le nombre de bâtiments endommagés était nettement plus élevé dans les territoires conquis par les forces russes que dans ceux repris ensuite par les forces ukrainiennes.L’association des deux types de données permet aussi d’obtenir un tableau plus exhaustif des violences dans une zone de conflit. «Au Myanmar, la destruction ciblée des habitations des Rohingyas s’est poursuivie longtemps après la fin des massacres. Les données satellitaires rendent visible cette phase de la campagne», explique Corinne Bara, coautrice de l’étude.Mieux informer l’action humanitaireLes scientifiques espèrent que l’approche proposée dans cette étude servira aux organisations internationales. «Nous développons une technologie innovante, en y intégrant notamment des connaissances apportées par des spécialistes des conflits, afin de créer des synergies entre les différents domaines», se réjouit le professeur. Il ajoute que lors du développement de ces technologies, ils gardent à l'esprit le bien-être des populations touchées, en adoptant une approche ouverte et transparente dans la conception des logiciels.«Dans les conflits armés, l’un des plus grands défis pour les organisations humanitaires consiste à comprendre ce qui se passe dans des zones auxquelles elles ne peuvent pas accéder en toute sécurité», rappelle Klaus Schönenberger, directeur du Centre EssentialTech à l’EPFL. «Les données satellitaires peuvent révéler où les conditions physiques évoluent et à quelle échelle, tandis que les sources textuelles, qu’il s’agisse de rapports de terrain ou d’informations locales, peuvent aider à expliquer ce que ces changements signifient pour les populations. Combiner intelligemment ces sources indépendantes permet donc de transformer des signaux fragmentés en une image plus cohérente, aidant ainsi les actrices et acteurs humanitaires à hiérarchiser les évaluations, à anticiper les besoins et à préparer une intervention avant même que l’accès ne soit possible. Cette étude novatrice constitue un pas important dans cette direction.»FinancementEngineering Humanitarian Action (partenariat entre l’EPFL, l’ETH Zurich et le CICR)InnosuisseRéférencesSticher V., Bara C., Kotajoki J., Bromley L., Crevoisier T., Dalsasso E., Dietrich O., Donnay K., Dorm F., Fiol M., Li X., Naghizadeh M.H:, Scher C., Van Den Hoek J., Schindler K., Tuia D. & Wegner J.D.. Advancing conflict research and response through satellite-derived data. Nature, 9 septembre 2026, DOI
Comment l'imagerie satellitaire améliore l'analyse des conflits
Une étude, cosignée par l’EPFL, l’ETH Zurich et l’Université de Zurich, montre comment les données satellitaires peuvent renforcer l’analyse des conflits au service de l’humanitaire. Elle contribue à mieux évaluer les conséquences des guerres et à en limiter les effets sur les populations civiles.









