Monde AfriqueGéopolitique. L'annonce faite par Alger fait monter d'un cran la crise qui couvait entre les deux pays depuis plusieurs années.Par Richard Duclos avec ReutersPublié le 11/09/2026 à 10:35Le président algérien Abdelmadjid Tebboune lors d'une visite à Berlin, le 16 juillet 2026.IMAGO/MaxpppC'est "l'une des ruptures les plus importantes de la diplomatie algérienne depuis celle avec le Maroc, en août 2021", observe le site d'information indépendant Twala. L'Algérie a annoncé ce jeudi 10 septembre mettre un terme à ses relations diplomatiques avec les Emirats arabes unis, dénonçant des actions "provocatrices et hostiles" de leur part, sans toutefois donner de raison précise ni étayer ses accusations. Les actions d'Abou Dhabi ne sont plus ni acceptables ni tolérables, a simplement déclaré le ministère algérien des Affaires étrangères, qui dit avoir "épuisé tous les recours pour préserver les relations bilatérales".Peu après cette annonce brutale, Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Emirats arabes unis, a déclaré sur X que les relations diplomatiques devaient être basées sur la "rationalité, la communication et la clarté des intérêts", plutôt que sur "des énigmes et des signaux qui demandent à être décodés". Anwar Gargash, qui n'a pas cité l'Algérie dans sa publication ni fait référence à l'annonce d'Alger, a ajouté que le succès de la diplomatie reposait sur des positions claires et sur une gestion efficace des intérêts et des divergences.L'ambassadeur émirati a été convoqué par le ministre algérien des Affaires étrangères et informé de la décision, a précisé Alger, ajoutant qu'il lui avait été donné 48 heures pour coopérer. Dans un communiqué publié plus tard dans la journée, le ministère émirati des Affaires étrangères a dit espérer que la décision algérienne ne soit que temporaire, ajoutant qu'Abou Dhabi restait attaché à la préservation des liens entre les peuples des deux pays et de leurs intérêts communs.Plusieurs points de discordeLes relations entre les deux Etats se sont détériorées ces dernières années, les médias algériens critiquant vertement Abou Dhabi, accusé de chercher à déstabiliser la région. L'Algérie ne soutient pas la normalisation des relations avec Israël, tandis que les Emirats arabes unis et le Maroc, rival régional de l'Algérie, ont établi des liens diplomatiques avec l'Etat hébreu dans le cadre des accords d'Abraham conclus en 2020 sous l'égide des Etats-Unis.La question du Sahara occidental reste en outre une pierre d'achoppement entre les deux pays. Les Emirats arabes unis reconnaissent la souveraineté marocaine sur le territoire, alors qu'Alger milite en faveur du Front Polisario, qui revendique l'indépendance de la région.Les deux puissances ont aussi maille à partir dans la région du Sahel, où Abou Dhabi a renforcé ses relations avec plusieurs gouvernements ces dernières années. Au contraire, Alger a vu ses liens se défaire avec ses voisins du Sud à la suite d'une série de coups d'Etats menés par des juntes militaires dans la région."Là où ils mettent le pied, le sang coule"Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a qualifié l'an dernier les relations avec les Etats du Golfe de chaleureuses, à l'exception d'un pays, dans une référence à peine voilée à Abou Dhabi. Il avait décrit les relations avec l'Arabie saoudite, le Koweït, Oman et le Qatar de "fraternelles" avant d'accuser un pays d'interférer dans les affaires internes algériennes, sans jamais nommer les Emirats. Même chose en juillet dernier, comme le rappelle Le Monde : "Parfois, je parle d’un Etat minuscule parce que son impact est très négatif. Là où ils mettent le pied, le sang coule. C’est grave, et nous avons des preuves", avait-il déclaré lors d'une interview avec les médias nationaux. Mais il avait alors écarté l'idée d'une rupture diplomatique, expliquant à ce moment-là : "Il y a beaucoup de division dans le monde arabe et nous ne voulons pas aggraver la situation. Sinon, cela fait longtemps que nous aurions rompu nos relations avec ce micro-Etat, duquel il n’émane qu’humiliation et discorde."En février, Alger avait entamé les procédures de résiliation d'un accord de service aérien signé avec Abou Dhabi en mai 2013. Jeudi soir, dans la foulée de ce divorce diplomatique, l'Algérie a également annoncé la fermeture de son espace aérien aux avions militaires et civils émiratis. Les vols commerciaux à destination et en provenance d'Alger seront exemptés de l'interdiction jusqu'à fin 2026, date d'expiration du contrat actuel.