Le succès d’Ottawa avec son ambitieux plan en faveur de l’investissement privé ne dépendra pas que de lui, mais aussi de la réalité du terrain.Confronté à un voisin et partenaire commercial particulièrement difficile depuis 18 mois, le gouvernement de Mark Carney a déployé toutes sortes de mesures financières et réglementaires visant à mobiliser plus de 1000 milliards d’investissements au Canada sur cinq ans pour aider le pays à développer ses infrastructures et élargir ses horizons économiques.Le premier ministre sera d’ailleurs l’hôte, lundi et mardi prochain à Toronto, d’un grand Sommet canadien de l’investissement où ont été invités tous les grands investisseurs des quatre coins de la planète.Avec toutes ses mesures, « le Canada a dépassé les États-Unis et l’Allemagne comme le marché le plus attractif pour les capitaux privés étrangers en ce qui a trait à la construction, l’entretien et l’amélioration des infrastructures », constatait ce printemps la Global Infrastructure Investor Association, une association d’investisseurs internationaux représentant un total de près de 3000 milliards d’actifs d’infrastructures sous gestion.Il ne suffit pas d’ouvrir la porteLa capacité du Canada d’effectivement attirer des capitaux étrangers dépendra de plusieurs facteurs, dont leur nature des projets, leur taille suffisamment grande et leur potentiel de rendement en fonction du risque encouru, ont noté Jimmy Jean et Randall Bartlett, économistes au Mouvement Desjardins, dans une note jeudi.Chez les grands investisseurs, les infrastructures privées sont devenues une catégorie d’actifs populaires en raison notamment de leurs bons rendements relativement à l’abri de l’inflation, poursuivent-ils. Le phénomène reste toutefois relativement peu présent au Canada, plus de 70 % des infrastructures étant de propriété publique - et essentiellement aux niveaux des provinces et des municipalités. De plus, seulement 16 % de ces infrastructures, d’une valeur équivalente à 357 milliards, sont considérées comme en mauvais état.La mise en branle simultanée de plusieurs grands projets de routes, ports, pipelines, chemins de fer et infrastructures numériques ne manquerait pas également de faire grimper les coûts de la main-d’œuvre et des matériaux.« Pour le gouvernement fédéral, le défi ne consiste donc pas simplement à mobiliser davantage de capitaux privés, disent nos deux économistes. Il s’agit de constituer un bassin suffisamment vaste de projets […] capables de répondre aux exigences de rendement des investisseurs. »Une aide publique payante, mais à long termeCes 1000 milliards d’investissements sur cinq ans dont rêve Ottawa ne viendront pas gratuitement. Le gouvernement fédéral a prévu 285 milliards d’aide, dont un peu plus de 41 milliards annoncés dans son dernier budget de l’an dernier et censés soutenir des investissements supplémentaires totalisant 166 milliards.La directrice parlementaire du budget, Annette Ryan, a publié jeudi une évaluation des retombées économiques de ces 41 milliards de nouvelle aide promis par Ottawa pour d’éventuels projets d’infrastructures, mais pas seulement.Elle y estime que les retombées économiques d’un dollar d’aide dans les projets d’infrastructures seront de 80 ¢ la première année et augmentera graduellement à 1,10$ après cinq ans. Ce sera un peu mieux que dans le soutien à la recherche et le développement dans le secteur privé (entre 80 ¢ et 90 ¢), l’autre domaine où les rendements se révèlent « les plus importants et les plus durables ».Un dollar d’aide à la construction de logements aura un plus fort impact sur l’activité économique dans les premières années (90 ¢) qu’au bout de cinq ans (60 ¢), mais il se peut que son effet multiplicateur soit plus important encore parce qu’il favoriserait la mobilité de la main-d’œuvre.Les mesures fiscales permettant notamment aux entreprises d’amortir plus rapidement leurs investissements afficheront un rendement économique croissant, mais plus faible (de 20 ¢ à 70 ¢). Mais pas aussi faibles que les mesures encourageant les entreprises à moderniser leurs équipements de production (à peine 10 ¢ pour chaque 1$ d’aide), ces machines et matériels étant souvent achetés à l’étranger.Encore une fois, toutes ces estimations ne tiennent pas compte notamment d’une hausse des coûts de construction qui découlerait d’une surchauffe de l’activité dans le secteur, dit l’étude. D’un autre côté, elles ne présentent pas non plus les retombées économiques et gains de productivité qu’on peut espérer à plus long terme.