Les houthistes, mouvement soutenu par l'Iran contrôlant une partie du Yémen, se sont emparés jeudi 10 setembre de la ville yéménite historique de Mokha, sur la mer Rouge, ont indiqué à Reuters quatre sources militaires du gouvernement yéménite. Avec cette conquête, ils se rapprochent un peu plus du contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, l'un des axes maritimes les plus stratégiques au monde.Après avoir perdu Mokha, les forces gouvernementales et leurs alliés ont trouvé refuge dans la ville de Dubab, plus au sud, qui donne directement sur le détroit. Selon elles, les houthistes lancent actuellement des attaques sur les îles Hanish, archipel situé en mer Rouge, au nord du détroit. S'ils venaient à prendre possession de ces îles ainsi que de la ville de Dubab, ils pourraient alors s'emparer du détroit de Bab el-Mandeb. L'enjeu du détroit Bab el-MandebLes houthistes contrôlent les zones les plus peuplées du Yémen et une grande partie du nord du pays dont la capitale Sanaa. Après avoir annoncé au mois de juillet un blocus des ports saoudiens, ils ont aussi lancé plusieurs attaques contre l'Arabie saoudite et en mer Rouge. Ce conflit s'est intensifié ces derniers jours, créant un second théâtre d'opérations dans la guerre en Iran, ce qui pèse encore plus sur les approvisionnements énergétiques, déjà perturbés par la fermeture du détroit d'Ormuz.En 2014, les houthistes se sont emparés de la capitale yéménite Sanaa, forçant le gouvernement à se réfugier vers le sud du pays et la ville d'Aden. Craignant l'influence grandissante de Téhéran au Yémen, l'Arabie saoudite a mené une intervention militaire contre les houthistes en 2015 pour déloger le mouvement armé et restaurer le gouvernement. La guerre civile qui en a découlé est devenue l'une des plus importantes crises humanitaires de ces dernières années et a mené à des frappes aériennes dévastatrices employées par l'Arabie saoudite et ses partenaires de coalition, incluant les Emirats arabes unis. Le détroit de Bab el-Mandeb, littéralement "la porte des larmes" en arabe, est l'un des carrefours maritimes les plus importants pour le transport de pétrole depuis le Golfe vers la mer Méditerranée via le canal de Suez ou l'oléoduc Suez-Méditerranée situé sur la côte égyptienne de la mer Rouge, ainsi que pour les matières premières destinées à l'Asie, notamment le pétrole russe. Un blocage du détroit isolerait les Etats producteurs de pétrole du Golfe, comme l'Arabie saoudite, des routes maritimes principales après que l'Iran a de facto fermé le détroit d'Ormuz. Téhéran missionne les houthistes Le Pakistan, qui joue depuis le début du conflit dans la région un rôle de médiateur entre l'Iran d'un côté et les Etats-Unis et Israël de l'autre, a délivré un message de l'Arabie saoudite exigeant de Téhéran qu'il rappelle à l'ordre ses alliés houthistes après les récentes attaques, selon Reuters. Loin de satisfaire à cette demande, Téhéran a demandé aux houthistes de mener la semaine dernière des attaques sur Riyad en échange d'armes et de fonds supplémentaires. Plusieurs membres du corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) se sont même déplacés au Yémen pour coordonner les attaques, selon deux sources iraniennes. Des centaines de femmes et d'enfants ont quitté Mokha jeudi, pour les provinces de Lahj et d'Aden, contrôlées par le gouvernement soutenu par Riyad. Plus de 20 000 personnes ont été déplacées à cause des affrontements des deux dernières semaines. Pour répondre aux attaques houthistes, l'Arabie Saoudite a ciblé les provinces yéménites de Jawaf, Marib, Taïz et al-Hodeïda, une place forte utilisée par les houthistes pour mener leurs attaques, selon le mouvement. L'Arabie saoudite n'a pas confirmé l'existence de ces frappes.La coalition emmenée par l'Arabie saoudite au Yémen, destinée à lutter contre les houthistes, a déclaré que le mouvement armé avait intensifié ses attaques qui ont fait au moins 73 blessés.