Rentrée littéraire Oui. On peut rester soi-même, marocain, homosexuel, étudiant en lettres, dans une capitale pourtant hostile et semée d’embûches. Abdellah Taïa le raconte dans ce roman d’une énergie folle.Journaliste CulturePublié le 09 septembre 2026 à 18h30Abdellah Taïa. ABDERRAHIM ANNAG/JULLIARD/SPOn se dit quoi, dans ce cas-là ? Quand l’oreille croit réellement entendre ce dialogue entre un jeune baby-sitter et le petit garçon dont il a la charge, alors que l’enfant est ce jour-là bouleversé par la mort d’un chien ? On se dit qu’Abdellah Taïa est vraiment doué, pour faire vivre dès le début de son nouveau roman le duo formé par le petit Gabriel et Majid, gay marocain honni dans son pays natal, devenu l’immigré arabe en France. Étudiant en lettres à la Sorbonne, il veut poursuivre au-delà de son DEA pour enseigner, comme il en rêve, mais voilà : pas de renouvellement de titre de séjour sans travail, et des menaces d’OQTF. Dans ces années 2000, « un Marocain qui travaille sur l’œuvre de Fragonard » a peu de chances d’être accepté tel qu’il est… Pas plus que l’homosexuel dans son pays natal…Rester à sa placeLes situations qui le prouvent à Majid s’enchaînent, non qu’il soit du genre victimaire, mais parce qu’elles constituent la réalité de ce héros narrateur, arrêté pour kidnapping lorsqu’il garde Gabriel, ou prié de changer de sujet de thèse pour rester « à sa place »… Dans ce contexte hostile, Isabelle, la mère de Gabriel, qui lui a fait confiance, est une exception. Ni froide, ni renfermée. « Elle représente une autre branche parisienne. »Majid n’a pas froid aux yeux. Il drague dans le métro. Grégoire est une bonne pioche, ça ne durera pas. Et ce dernier réclame en majuscules à son ex-amant ce qu’il lui DOIT. Après Une mélancolie arabe et Le Bastion des larmes, pour ne citer qu’eux, on trouve dans cette « station debout » une énergie revivifiée et pleine d’espoir. Même si Majid est fragile et que, parfois, ça déraille, sa façon de se remettre en cause autant que sa passion à transmettre le virus de la lecture en imposent. Tout comme son empathie envers d’autres immigrés du Maghreb ou du Sri Lanka, leurs errances, leurs galères, leurs peurs, leurs cris et leurs joies. Abdellah Taïa leur rend ce que les remous de l’actualité, si souvent, occultent : leur humanité.Debout dans tes rêves, d’Abdellah Taïa (Julliard, 224 p., 21 €).