Auprès du grand public, l’Oriental ne jouit pourtant pas encore d’une notoriété immédiate. Néanmoins, grâce à son ancrage sur une Méditerranée à l’azur limpide et ses plages dorées, le vœu de voir cette région éclore en une véritable Côte d’Azur marocaine est sur toutes les lèvres au fil de notre périple. Enfin, "Inchallah", si Dieu le veut.Pêche du jour, bonjour"Distinguez-vous ces îles au large?", interroge Mustapha, le geste tendu vers la ligne d’horizon où s’achève la course du fleuve Moulouya. "Ce sont les îles Zaffarines. Leur nom dérive du terme amazigh "ichfaren", qui signifie "voleurs", car historiquement l’archipel servait de repaire aux pirates."Depuis Ras Kebdana, également baptisé "Cap de l’Eau", la perspective sur l’archipel ibérique se fait plus saisissante encore. Ce modeste bourg côtier tire sa renommée de ses falaises escarpées, desquelles la jeunesse locale s’élance dans les flots, tandis que des pêcheurs amateurs y déploient leurs lignes. Pour l’heure, la forte houle semble condamner leurs efforts à l’infructuosité. Fort heureusement, les étals du Kamkoum El Baze, un restaurant de poisson de prime abord modeste, regorgent de trésors marins. Nous composons notre assiette au gré de la pêche du jour: une déclinaison de dorades, de sardines et de gambas saisies à la plancha nous est servie en terrasse, face à un panorama marin d’une absolue sérénité.La marina de Saïdia marie le faste des yachts amarrés à la douceur infinie de ses plages dorées.© Ilyass Azaryouh / SDSLe calme y est impérial. Un constat qui prévaut également à Saïdia, notre premier ancrage dans l’Oriental. On nous enjoint de devancer l’affluence estivale pour réserver au sein de l’écrin du Radisson Blu Residences. Les arguments de cette séduction? Deux superbes parcours de golf de 18 trous conçus pour aimanter tant les esthètes que les professionnels, une marina d’envergure capable d’accueillir jusqu’à 850 embarcations, un florilège d’activités nautiques et des rituels de bien-être exclusifs. En somme, l’expression du luxe paré d’atours marocains.Il est d’ailleurs saisissant de constater la profusion de projets architecturaux bourgeonnant lors de nos déambulations citadines. Les échafaudages y murmurent la promesse d’une métamorphose imminente. Alors que le crépuscule embrase le ciel de nuances orangées, nous prenons nos quartiers sur la terrasse du Banzai Beach Club, une adresse suspendue entre lits de repos et plage privée. À la carte: la quintessence de la Méditerranée, de la fraîcheur d’une salade niçoise réinventée au filet de bar saisi à la plancha. Comme pour défier les harmonies feutrées de la musique d’ambiance, les flots tumultueux viennent se briser avec superbe sur le sable.Loin du littoral, cap sur l’air pur du massif des Beni Snassen.© Ilyass Azaryouh / SDSLa perle des montagnesNous nous enfonçons dès lors dans l’arrière-pays, délaissant les embruns pour les hauteurs. Quelques kilomètres suffisent à nous immerger au cœur de paysages vallonnés. Le massif des Beni Snassen, avec ses vallées fertiles plantées de figuiers et ses gorges abruptes, dévoile un visage insoupçonné de la contrée. Un éden de nature et de quiétude, pétri de traditions et propice à de vigoureuses randonnées, sous la conduite d’un guide chevronné, s’entend.Un artisan installé près de la "Grotte du Chameau" nous invite à prendre un indispensable thé à la menthe. Ce site géologique doit sa singulière appellation à deux excroissances de calcaire et de dolomite qui dominent la vallée de leur silhouette brute. Ses galeries abritent en effet des gravures rupestres parmi les plus archaïques d’Afrique du Nord. Fort heureusement, le faste des paysages environnants suffit à combler notre regard."C’est l’un des joyaux de la région", nous confie notre guide, Yassine. "Voyez-vous ces tables disposées à l’ombre des genévriers? Elles accueillent d’ordinaire les riverains venus deviser ou les voyageurs en quête d’ombrage. Et lorsque le printemps se fait généreux, les eaux souterraines s’extirpent de la roche pour métamorphoser la dépression qui borde l’entrée des grottes en une piscine naturelle pour les gens du cru."© Ilyass Azaryouh / SDSDes serpents autour du couDans un hameau en contrebas, les effluves d’aromates et d’épices guident nos pas vers le cœur du souk. Nous y découvrons l’"amlou", une onctueuse préparation à base d’amandes, de miel et d’huile d’argan, ainsi qu’un miel de cactus dont la dégustation laisse une subtile et piquante persistance en gorge.C’est au prix d’un bel effort de volonté que nous nous arrachons aux parfums enivrants de tajines mijotant sur la braise; nous sommes en effet attendus au Riad Oriental tout proche. Deux décennies se sont écoulées depuis que son propriétaire français s’est épris de cette terre suspendue au milieu des cimes. Il y a façonné une thébaïde de six chambres, complétée de neuf chalets et de deux tentes berbères. Son absence étant requise par un tournoi de golf à Saïdia, c’est son ami de longue date, Xavier, originaire de Toulouse, qui se fait le complice de notre visite."Le tableau n’est pas déplaisant, n’est-ce pas?", s’amuse-t-il alors qu’une oasis dotée d’une piscine au bleu limpide et encadrée par le relief montagneux se dévoile à l’arrière du domaine. "Les ondées printanières confèrent à cette saison une verdeur tout à fait exceptionnelle."La réputation du domaine résonne tout particulièrement auprès des MRE (Marocains Résidant à l’Étranger). "Ils s’invitent ici en quête d’authenticité", décrypte Xavier. "À Marrakech, on vous pare le cou de serpents dociles; ici, vous êtes susceptible d’en croiser de sauvages, bien qu’il soit plus sage de s’en tenir à distance (rires). Les voyageurs aspirent désormais à explorer une autre vérité du pays, loin des cités touristiques saturées.""On perçoit de manière tangible la mutation de la région", poursuit Xavier. "Historiquement, ce territoire est demeuré dans l’ombre. Il n’y a guère longtemps, on le reléguait au rang de simple "campagne". Sous l’impulsion du roi, les infrastructures bénéficient d’investissements notables. Mohammed VI, par son esprit d’ouverture, a mesuré tout le potentiel que recèle l’Oriental."Après avoir discuté avec deux Belges originaires d’Asse, fidèles des lieux en raison de leurs attaches familiales dans la région, nous sollicitons les talents de la cheffe Ibtissam pour un tajine de poulet aux olives vertes. "Elle arbore sa première étoile", lance Xavier en désignant son tablier brodé du pavillon national. Tout en honorant ce repas, notre hôte insiste sur l’importance de s’imprégner de cette quiétude: "Je me plais à le répéter: ici, le quotidien passe en mode avion."Des "fairways" sous le soleil marocain: Saïdia affirme ses ambitions de destination dédiée au sport et au golf.© Ilyass Azaryouh / SDSCernés de macaquesEn faisant route vers le Marchica Lagoon Resort, les enseignes publicitaires des promoteurs célébrant de futures villas de prestige jalonnent de nouveau notre parcours. Inauguré en 2019 et né de l’ambition de faire de Nador l’un des phares touristiques du Nord marocain, cet établissement a ouvert la voie.Niché sur les rives de la lagune de Marchica, l’un des plus vastes lacs côtiers de la Méditerranée, l’hôtel offre, à travers ses 82 chambres et 11 suites, ses tables gastronomiques, son spa et sa plage privée, une expérience de villégiature inégalée. Un parcours de golf de neuf trous est venu parfaire cet ensemble lors de l’inauguration.Point de "greens" à notre programme aujourd’hui, mais l’ascension du mont Gourougou. Hélas, à notre arrivée, la montagne s’est drapée d’un manteau de brume. Depuis le belvédère, notre regard se heurte à une page blanche, comme si le décor avait omis de se révéler alors que la saison estivale s’apprête à éclore. Les quelques bovidés qui cheminent à travers les bois semblent apprécier cette intimité. Bientôt, ce sommet culminant à 900 mètres d’altitude retrouvera son rang d’attraction majeure. Et ce, pas uniquement pour ses panoramas que l’on dit grandioses."Jetez un regard à l’extérieur", glisse Yassine. Devant nous, une colonie de macaques de Barbarie observe notre véhicule avec une curiosité non feinte. Notre guide s’en extrait, muni d’un sachet de friandises. Les primates s’empressent de cueillir les cacahuètes tendues. Des portraits pour les réseaux sociaux en échange de quelques victuailles: le troc est des plus honnêtes.Glisser sur l’eau en silence: sur la lagune protégée de Marchica, seuls les sports nautiques électriques sont autorisés.© SFT E-Foil World CupUne glisse éco-responsableC’est à la lagune de Marchica que revient sans doute la plus vive force d’attraction de la contrée. Grâce à une myriade d’activités nautiques, la fraîcheur y est permanente. Nous nous laissons séduire par une initiation à l’"efoil", ou surf électrique. En proscrivant toute motorisation thermique, l’établissement veille à préserver l’écosystème et l’avifaune de la lagune.En mai, cette vaste étendue d’eau salée s’est muée en arène à l’occasion des championnats du monde d’"efoil", nous confie Amine, notre instructeur. Il s’y est lui-même illustré en s’adjugeant la deuxième marche du podium dans la catégorie "Men Challenger", coiffant au poteau le Belge Yannick Depypere. Nos propres dispositions pour la discipline s’avèrent bien plus modestes. "Une tentative des plus honorables pour une première fois", tempère Amine avec bienveillance, bien que nos contacts avec la surface de la planche aient été nettement moins fréquents qu’avec l’eau.C’est là une parfaite allégorie du devenir de cette région: quiconque prend la peine de regarder n’y voit que du potentiel.Pour notre ultime journée, nous délaissons les rivages pour renouveler notre ascension du mont Gourougou, si ardemment recommandé. La persévérance porte ses fruits: depuis le promontoire, la lagune se déploie enfin dans toute sa majesté à nos pieds, révélant les contours de Nador et les crêtes acérées qui modèlent le paysage.C’est là une parfaite allégorie du devenir de cette région: pour qui sait porter le regard au-delà des évidences, l’horizon n’est que promesses.Culminant à 900 mètres, le mont Gourougou offre une vue imprenable sur Nador et son immense lagune.© ShutterstockLire plusLes bonnes adresses de l'entrepreneur Pierre De Greef au MarocÀ Saint-Gilles, le restaurant PtitBeur réinvente la cuisine marocaine en version fusion et bioUn couple, un langage visuel: Mous Lamrabat et Lisa Lapauw raconte leur carrière sans frontières