Le magasinage prend un virage de plus en plus numérique au Québec, où deux consommateurs sur trois achètent désormais sur Internet. Ceux qui se rendent encore en magasin y arrivent souvent avec une idée bien arrêtée, après avoir comparé les produits en ligne, consulté les avis d’autres acheteurs ou demandé conseil à des outils d’intelligence artificielle (IA).C’est ce que révèle le dernier Baromètre du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), publié mercredi. Réalisé début août auprès d’environ 1000 personnes, le sondage indique que 67 % des répondants ont fait un achat en ligne au cours du mois précédent, une progression de huit points de pourcentage par rapport à avril dernier. Il s’agit du niveau le plus élevé enregistré depuis le début de cet exercice mené par le CQCD à partir de 2022.Pour la première fois, l’organisme s’est aussi penché sur le comportement du consommateur avant même son passage en magasin. Plus de la moitié des répondants (57 %) ont pris l’habitude de faire des recherches en ligne au préalable, pour comparer les prix, les produits, les marques ou pour consulter les commentaires d’autres acheteurs. Près de la moitié (44 %) se renseignent sur leur téléphone une fois rendus en boutique. Environ 30 % des personnes qui font un type de recherche préalable en ligne disent se méfier des conseils donnés par le personnel en magasin.Autre constat marquant : un consommateur sur quatre (24 %) — surtout chez les plus jeunes générations — affirme utiliser régulièrement, voire systématiquement, des applications comme ChatGPT, Claude ou Gemini pour faire son prémagasinage. À l’opposé, près de la moitié (47 %) des répondants disent n’avoir jamais eu recours à ces outils dans ce contexte.Pour le p.-d.g. du CQCD, Damien Silès, ce n’était qu’une question de temps avant que l’IA s’immisce dans les habitudes de consommation. « L’IA, c’est la facilité. Elle vous propose rapidement une multitude d’options, fait des comparaisons croisées de plusieurs produits et vous conseille. Tout ça en vous permettant de rester assis dans votre salon et d’acheter en un clic une fois votre décision prise. »Il craint toutefois que cette démocratisation accentue encore la tendance vers l’achat en ligne, notamment au bénéfice d’Amazon et des plateformes chinoises à bas prix, comme Shein et Temu.Amazon, Temu et Shein toujours en têteLes résultats du dernier Baromètre ont de quoi alimenter ses inquiétudes. Malgré la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis et les appels au boycottage des produits américains depuis février 2025, Amazon demeure la plateforme de commerce en ligne la plus utilisée au Québec, son emploi ayant même grimpé de quatre points en un an.Shein et Temu continuent aussi de gagner du terrain. En août, 33 % des répondants ont dit avoir fait une commande sur Temu dans les six mois précédents, contre 26 % un an plus tôt. Du côté de Shein, la proportion est passée de 20 % à 24 % sur la même période.« Avec la guerre tarifaire qui s’accélère, on va entendre de nos gouvernements le même discours : tournez-vous vers l’achat local. Mais on ne peut pas promouvoir l’achat local en laissant les commerçants affronter la concurrence déloyale que représentent ces géants étrangers. Les consommateurs choisiront forcément les plus bas prix », déplore Damien Silès.Rappelons qu’en plus d’être critiquées pour leur contribution à la pollution environnementale, Shein et Temu sont aussi accusées d’user de pratiques commerciales trompeuses, de faire de la concurrence déloyale, d’imposer des conditions de travail difficiles dans leurs usines, de ne pas respecter les normes de santé et de qualité de fabrication ou encore de commettre du plagiat.M. Silès presse encore une fois le gouvernement fédéral de légiférer pour encadrer ces plateformes et éviter « la mort absolue » des commerces québécois. Il dit sentir une « écoute » de la part d’Ottawa, qui ne s’est toutefois pas encore traduite en actions concrètes.