Collaboration spéciale
Publié le 5 septembre
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Les jeunes Québécois de 15 à 24 ans sont surreprésentés parmi les personnes au chômage. Une donnée qui révèle une dégradation beaucoup plus large de leurs conditions de vie.
En 2025, le taux de chômage était de 12,5 % chez les 15 à 19 ans et de près de 8 % chez les 20 à 24 ans, contre 4,5 % chez les adultes de 30 à 54 ans. Une tendance à la hausse observée depuis 2023. Ces chiffres ne sont toutefois que la pointe de l’iceberg, selon María Eugenia Longo, professeure titulaire à l’Institut national de la recherche scientifique et cotitulaire de la Chaire-réseau de recherche sur la jeunesse du Québec.« Ce qui me préoccupe, c’est que cette augmentation du chômage coïncide avec la dégradation des conditions de vie plus larges. On parle d’insécurité alimentaire, de pauvreté, de manque d’accès au logement, indique l’experte. Le jeune mange moins bien, dort moins bien, fait des choix plus contraints, à une phase de vie caractérisée par des transitions multiples. » En 2023, une enquête de la Chaire-réseau de recherche sur la jeunesse du Québec a révélé que, sur 63 jeunes interviewés, qui n’étaient ni en emploi ni aux études, la moitié misait sur la cohabitation ou un logement subventionné et recourait aux repas ou aux vêtements offerts par des organismes.« On n’est plus dans un enjeu exceptionnel de certains sous-groupes. On a des enjeux qui se généralisent dans un certain groupe d’âge », affirme Mme Longo. La province s’est pourtant distinguée par la hausse du taux d’emploi chez les 15-19 ans au cours des dernières années. « On est dans une société où des jeunes travaillent très tôt, beaucoup, pendant très longtemps », affirme-t-elle. La professeure ajoute que cette cohorte a été massivement poussée vers le marché du travail pour pallier les pénuries de main-d’œuvre postpandémie, au point que la province a adopté, en 2023, la loi 19 encadrant le travail des moins de 14 ans.« On se retrouve avec des jeunes incités à entrer sur le marché du travail, qui sont les premiers à en sortir dès qu’il y a une contraction de l’économie canadienne, dès qu’il y a une crise », note Mme Longo. Selon elle, les jeunes ont été disproportionnellement frappés par trois chocs récents : la pandémie de COVID-19, la pénurie de main-d’œuvre et le ralentissement de l’économie canadienne amorcé en 2023.« Parallèlement, on désinvestit dans l’emploi jeunesse, dans les soutiens et les services publics d’emploi, on précarise l’universalité des programmes spécialisés », s’alarme Mme Longo. Au sein de ces services fragilisés se trouvent les entreprises d’insertion.L’insertion, une piste de solutionAu Québec, 41 entreprises d’insertion, dont Renaissance, Recypro, Insertech et Chic Resto Pop, offrent un tremplin vers l’emploi aux groupes éloignés du marché du travail, notamment les personnes sans diplôme d’études secondaires ou immigrantes. Pendant environ six mois, les bénéficiaires sont placés en situation réelle de travail. Accompagnés par des intervenants, les jeunes travaillent à établir une routine, à communiquer en équipe, à cultiver une saine estime de soi ou à renforcer leurs connaissances du français.Au sein de ce réseau, le Projet Intégration s’adresse spécifiquement à de jeunes adultes montréalais, notamment issus des minorités visibles, en leur offrant une période préparatoire de six à sept semaines avant leur entrée dans une entreprise d’insertion. Selon un rapport de la firme Delorme Lajoie Consultation, près de 80 % des participants étaient en emploi ou retournaient aux études à l’issue de leur parcours en entreprise d’insertion en 2024-2025.






