Au premier jour de l’imposition de ses contre-tarifs, le premier ministre canadien, Mark Carney, publie une longue vidéo dans laquelle il recule jusqu’au temps de John A. Macdonald pour contextualiser le conflit avec les États-Unis, qu’il compare à une partie de hockey où « on est 40 millions sur la glace ».« La triste réalité, c’est que les droits de douane américains vont toucher certaines personnes plus durement que d’autres. C’est d’ailleurs le but de ces droits », lâche-t-il lors d’un monologue de 20 minutes et 12 secondes mis en ligne mardi matin, quelques heures seulement après l’entrée en vigueur de la riposte canadienne aux droits de douane américains.Il faisait référence aux travailleurs et aux entreprises de l’automobile, de la foresterie, de l’acier et de l’aluminium, surtout. Ces secteurs sont plus victimes du ralentissement du commerce transfrontalier.Le premier ministre a ainsi tenu à souligner cette étape majeure de la guerre commerciale en cours, accueillie avec fureur par le président états-unien, Donald Trump, qui évoque maintenant l’interdiction de la vente dans son pays d’avions canadiens produits par Bombardier.« Chaque fois qu’on choisit d’acheter canadien et de voyager chez nous, on envoie un message clair : personne n’est dans les gradins », a affirmé Mark Carney, ancien gardien de but féru d’analogies de hockey.Pour lui, il est clair que le gros de l’effort de guerre incombe à chaque Canadien, appelé à choisir avec son portefeuille. Le rôle de son gouvernement, dit-il, est d’aider la population à se « serrer les coudes » en soutenant les travailleurs dans la tempête économique annoncée.Le soutien financier annoncé le 25 août est ainsi présenté comme seulement un début : « tout a un coût », et la suite des choses « ne sera pas facile ».De manière générale, le premier ministre dit avoir été forcé de répliquer à la plus récente salve tarifaire de Donald Trump en imposant ses propres droits de douane sur des produits américains. « On ne peut pas laisser les produits américains entrer au Canada sans droits de douane pendant que les États-Unis surtaxent les produits que nos entreprises exportent chez eux. »Comme MacdonaldLes critiques qui ont suivi son discours sur les plaines d’Abraham n’ont pas découragé Mark Carney de proposer sa lecture de l’histoire canadienne, en témoignent ses nombreuses références dans la vidéo de mardi au tout premier premier ministre du Canada, John A. Macdonald.« Sir John A. Macdonald a vu que l’expansionnisme américain représentait une menace et il s’est empressé d’unir le pays », peut-on entendre dire son plus récent successeur.Il dit s’en inspirer très directement en bâtissant l’« équivalent moderne » du chemin de fer, soit un réseau électrique pancanadien, dont le mégaprojet de Churchill Falls, qui a récemment fait l’objet d’une entente signée par Québec et Terre-Neuve-et-Labrador, est un composant essentiel. Le nouvel oléoduc promis à l’Alberta pour acheminer son pétrole vers l’océan Pacifique est aussi présenté comme un tel ouvrage glorieux, même si le gouvernement Trump a salué le projet.Les leçons de l’histoire montrent surtout, selon Mark Carney, que les États-Unis reviennent périodiquement s’en prendre au Canada. « En fait, cette menace a refait surface à plusieurs reprises pendant les 160 années de notre relation », affirme-t-il.