« Gut Gemach ! » En allemand, ça veut dire « bien joué », et c’est ce que le multimilliardaire américain Elon Musk a laissé tomber dimanche dernier, dans la langue de Goethe, sur son réseau social X à l’annonce de la victoire du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) aux élections locales en Saxe-Anhalt, dans l’est du pays.Depuis les États-Unis, où le trumpisme a repris brutalement le pouvoir il y a plus de 18 mois, le magnat de l’aérospatiale, des voitures électriques et de la socialisation numérique s’est ainsi réjoui de cette victoire historique, sans doute pour deux raisons.Ce scrutin local vient de ramener un parti d’extrême droite à la porte du pouvoir — et le spectre de la violence, 80 ans après la chute du régime d’Adolf Hitler, dont Musk semble priser la radicalité tout comme la symbolique des gestes. L’entrepreneur de la Silicon Valley avait repris un tristement célèbre salut en janvier 2025, lors d’un grand rassemblement tenu à Washington pour célébrer le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.Les urnes viennent également de donner une victoire au national-populisme mondial, dont Elon Musk cherche à être une figure provocatrice à travers le monde, en passant en partie par les réseaux d’influence que le multimilliardaire finance et anime.La mathématique du scrutin le confirme en partie. Avec un taux de participation record de presque 77,8 %, ces élections ont suscité un grand engouement dans cet État fédéré (land), l’un des plus pauvres et les plus âgés de l’Allemagne, porté par des appels à expulser les immigrés en situation irrégulière. Entre autres. Ironiquement, la Saxe-Anhalt est aussi le land où le niveau d’étrangers est le plus faible du pays.Ce taux de participation est le plus élevé pour cette région de l’ex-Allemagne de l’Est depuis la réunification du pays, de presque 18 points de plus que celui enregistré lors des dernières élections, en 2021.Or, là où une participation élevée a toujours été en Europe une condition permettant de faire barrage à la montée des extrêmes, en Saxe-Anhalt, c’est finalement l’inverse qui s’est produit. Il a permis à l’AfD d’obtenir, avec 43,8 % des suffrages, le meilleur résultat de sa jeune histoire et 10 points de plus que lors du scrutin régional de la Thuringe voisine, en 2024.Radicalité et réseaux sociauxPortée par le charismatique Ulrich Siegmund — presque 950 000 abonnés sur le réseau TikTok —, chef du parti dans la région, l’AfD a réussi à convaincre au-delà de sa base radicale habituelle. La formation politique a rallié cette année près de 290 000 nouveaux électeurs ayant voté pour un autre parti en 2021 ou s’étant abstenus d’aller aux urnes, selon les données fournies par les autorités électorales locales et l’institut de sondage Infratest Dimap.Et une partie de ces électeurs, qui normalement ne vote pas, a tendance à se politiser dans la radicalité des réseaux sociaux, là où l’intelligence artificielle, dont celle promue par Elon Musk, contribue désormais à amplifier la désinformation, tout comme une information ancrée dans la violence de certains codes du divertissement.Dans les semaines qui ont précédé le scrutin, les autorités allemandes ont d’ailleurs sonné l’alarme sur le climat délétère se développant en ligne lors de cette campagne, un climat nourri tant par le populisme américain que par la Russie.
En Allemagne, une victoire pour l’extrême droite, Poutine et Trump
Le scrutin en Saxe-Anhalt a mis en lumière leur influence conjointe dans la montée des régimes radicaux dans le monde.










