Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Romans francophones Romans francophones Romans francophones Un roman sur ces souvenirs que les objets racontent, précieuses reliques de l’ordinaire. Article réservé aux abonnés « Choses que je croyais perdues », de Clémentine Mélois, Gallimard, « L’Arbalète », 176 p., 19 €, numérique 14 €. Trois fois rien, et pourtant… Il y a juste vingt ans paraissait chez Payot Ce qu’il reste, un essai, posthume et inachevé, de Pierre Sansot (1928-2005). Philosophe, et aussi anthropologue, sociologue, écrivain, son œuvre entière est une exploration attentive, patiente, poétique, de nos paysages intérieurs. Dans ce dernier texte, des fonds de casseroles au fourbi quotidien, et à cette foule de bricoles qui accompagnent et encombrent chaque existence, il chinait dans le vaste vide-grenier de nos destinées. « Que reste-t-il d’une vie ? », s’interrogeait-il in fine. Cette question et ce qui s’y brode, à petits et à gros points, sont au cœur du livre que Clémentine Mélois vient de publier. Choses que je croyais perdues se lit comme la chronique à touche-souvenirs d’une séparation. Après sept années de vie commune (enfin, commune, si l’on veut… : « C’était toujours toi qui venais chez moi »), Emilie, la narratrice, se retrouve à faire les cartons du déménagement de son appartement. Elle vide les placards, emballe le fragile dans les vieux journaux qu’une voisine compatissante lui a apportés. Sauf que ça n’empêche pas la casse. Comme celle de ce verre à moutarde à l’effigie de Musclor, le héros à la force toute puissante des Maîtres de l’univers. Dérisoire ? Tristan l’avait acheté pour 2 euros dans une brocante. Le même que lorsqu’il était petit garçon. Elle en avait été émue. « Ça allait encore entre nous à ce moment-là, enfin je crois. » Il n’y a plus qu’à ramasser les morceaux. Sans se couper. On peut croire aux elfes, aux lutins, ou à je ne sais quelles divinités domestiques. Mais aucune de ces créatures féeriques ne possède le pouvoir d’évocation que contient le moindre objet familier. Pour peu qu’on s’y arrête. Un morceau d’étoffe, torchon, drap ou serviette, un verre Duralex, un pot de confiture au couvercle têtu, un galet, un caillou ramassé, recueilli, d’ici ou d’ailleurs, conservent et renvoient en un vrombissant essaim des émotions étonnamment intactes. Et Clémentine Mélois de nous embarquer à saute-mémoire dans une drôle de traversée existentielle. Elle prend la rupture amoureuse à rebours, remonte les histoires, laisse ricocher les souvenirs jusqu’à l’enfance. Avec une dérision tendre, une écriture comme l’air de ne pas y toucher, elle raconte à mots sincères, à mots vrais, la magie ordinaire de ce peu des choses qui réveillent les joies, les peines, les lointaines nostalgies. Il vous reste 31.55% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.