Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Un mot dans l’air Un mot dans l’air Un mot dans l’air L’histoire de cette discipline, qui s’est développée au XIXᵉ siècle, est rythmée par une conquête des sommets à tout prix, y compris celui de la vie. Article réservé aux abonnés Un mot dans l’air. Les températures hors norme de l’été 2026 ont fragilisé les parois du Mont Blanc. Devant les risques d’éboulement, mi-août, certains refuges ont même été interdits deux semaines durant aux mordus d’alpinisme, qui sont plus de 20 000 à s’élancer vers le plus haut sommet des Alpes chaque année. Dans les Ecrins, une route d’accès au pré de Madame-Carle, démolie en plusieurs endroits par une coulée torrentielle en août, ne sera pas reconstruite. La montagne est dangereuse – trois personnes sont mortes après avoir dévissé dans le massif le 13 juin – mais elle fascine. Les records s’y succèdent. Avec un temps de 5 heures et 2 minutes, la Haut-Savoyarde Iris Pessey a battu, à 34 ans, le record féminin de l’ascension du mont Blanc (4 806 m) le 18 juin. L’alpinisme reste une discipline à part, et non un sport, jugent certains puristes, qui ont pu être échaudés par l’intégration du ski-alpinisme aux Jeux olympiques de Milan-Cortina (du 6 au 22 février), en Italie, considérant cette version compétitive du ski de randonnée comme une dénaturation de l’esprit de leur pratique. « Assimiler l’alpinisme à un sport est une idée souvent rejetée dans ce milieu, qui [le] vit comme une aventure ou une conquête », observe la sociologue Delphine Moraldo. Cette intransigeance ne surprend pas la chercheuse. Une controverse similaire anime la communauté depuis la création des Piolets d’or, dans les années 1990, l’idée de récompense étant pour certains contraire à l’éthique de l’alpinisme. A l’inverse, la chercheuse associée au Centre Max-Weber (Lyon) y voit une confirmation d’un état d’esprit, qu’elle décortique dans sa thèse de sociologie, dont elle a tiré l’ouvrage L’Esprit de l’alpinisme. Une sociologie de l’excellence, du XIXe siècle au XXIe siècle (ENS Editions, 2021). L’alpinisme naît en France, lorsque le docteur Michel Paccard et le guide Jacques Balmat effectuent la première ascension du mont Blanc, en 1786. Cependant, cet esprit de l’alpinisme que décrit Mme Moraldo sera plutôt imprégné par la culture britannique, qui a façonné cette pratique. Le célèbre écrivain Roger Frison-Roche (1906-1999) et le journaliste Sylvain Jouty la définissent, dans leur Histoire de l’alpinisme (Arthaud, 1996), comme la « technique et l’art de gravir les hautes montagnes rocheuses et glaciaires de la Terre ». Des montagnes qui, comme les rivages, ont longtemps été fuies, assimilées à des lieux où pouvait advenir le monstrueux. Il vous reste 55.98% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« Prendre de la hauteur » : l’esprit de l’alpinisme et sa recherche de la distinction
L’histoire de cette discipline, qui s’est développée au XIXᵉ siècle, est rythmée par une conquête des sommets à tout prix, y compris celui de la vie.









