Professeure à l’EPFL, Paloma Navarro étudie comment le système immunitaire modifie le cerveau vieillissant et comment ces changements pourraient un jour être ciblés pour aider les gens à rester plus longtemps en bonne santé.Paloma Navarro a rejoint la Faculté des sciences de la vie de l’EPFL en tant que professeure adjointe en 2025. Son laboratoire, la Chaire Giorgi-Cavaglieri en immunologie du vieillissement, étudie l’interaction entre le vieillissement, le système immunitaire et le cerveau, en combinant biologie cellulaire, neurosciences et ingénierie des protéines afin de comprendre pourquoi les cellules immunitaires pénètrent dans le cerveau à mesure que nous vieillissons, ce qu’elles y font une fois sur place, et si les chercheurs pourraient inverser certains de leurs effets.Sur quoi portent vos recherches?Je mène des recherches sur la manière dont le cerveau évolue au cours du vieillissement, et plus particulièrement sur la contribution du système immunitaire à ce processus. Les cellules immunitaires nous protègent généralement contre les infections ou des maladies comme le cancer, mais ce que nous commençons à observer, c’est que des cellules immunitaires s’infiltrent aussi dans le cerveau, surtout avec l’âge, et que cette infiltration pourrait contribuer à certains des déclins des fonctions cognitives que l’on constate avec l’âge.Je m’intéresse à la manière dont les cellules immunitaires évoluent avec l’âge. Pourquoi pénètrent-elles dans le cerveau et que font-elles une fois sur place ? Une grande partie de mon laboratoire cherche également à trouver des moyens d’inverser ce processus.Quelles techniques utilisez‑vous dans votre laboratoire?Pour le moment, comme nous sommes encore en train d’installer le laboratoire, nous menons des travaux d’ingénierie protéique de novo en collaboration avec le groupe de Bruno Correia. Nous concevons de nouveaux ligands pour les protéines qui nous intéressent, puis nous les testons in vitro ; nous réalisons donc beaucoup de cultures cellulaires.À terme, nous ferons aussi des études in vivo sur des souris âgées. Cela impliquera des études comportementales, associées à l’analyse des changements moléculaires. Dans ce cas, nous utilisons la génomique et des techniques spatiales, telles que le séquençage d’ARN unicellulaire et la transcriptomique spatiale.Qu’est‑ce qui vous a amenée à ce domaine de recherche?J’ai toujours été passionnée par la biologie. Je me souviens d’un excellent professeur de biologie au lycée qui nous expliquait comment le VIH mute et parvient à échapper au système immunitaire, ainsi que les traitements développés pour le cibler. Ça m’a émerveillée. J’ai trouvé cela fascinant!Pour mon doctorat, j’ai choisi de me concentrer sur la biologie cellulaire et moléculaire en étudiant le transport des protéines à l’intérieur de la cellule. Avec le recul, je pense que cela m’a donné une base très solide que je peux désormais appliquer à des systèmes plus complexes, comme le cerveau ou le système immunitaire.Lorsque je suis arrivée à Stanford, le projet initial était d’étudier comment les organites évoluent dans les cellules cérébrales au cours du vieillissement. Mais dès le début de mon postdoctorat, dans le cadre d’un projet collaboratif, nous avons découvert que des lymphocytes T s’infiltrent dans le cerveau âgé. C’était très intéressant, car le cerveau était jusqu’alors considéré comme un organe « immunoprivilégié ». Cette découverte a ouvert la boîte de Pandore et les questions se sont enchainées : pourquoi ces lymphocytes T se trouvent‑ils là ? Que font‑ils ? Que reconnaissent‑ils ?J’ai décidé d’en faire mon thème de recherche. Le chemin pour y parvenir est le fruit du hasard, marqué par un apprentissage intense, mais qui, finalement, a permis de rassembler tous ces différents éléments de ma formation et de ma carrière.Qu’est‑ce qui vous fascine le plus dans vos recherches?Le vieillissement est omniprésent ; il touche tout le monde et tous les organismes. Mais il y a encore tellement de choses que nous ne comprenons pas sur ses raisons et ses mécanismes.Mon objectif n’est pas forcément d’inverser le vieillissement ou de permettre aux gens de vivre éternellement. Mais je suis aussi motivée à trouver des moyens d’améliorer la qualité de vie des personnes à mesure qu’elles vieillissent. Notre population vieillit ; c’est la réalité dans laquelle nous vivons.Vivre le même nombre d’années, avec une qualité de vie qui exclut que les 10 ou 20 dernières années soient marquées par la démence, c’est un défi formidable. C’est l’espérance de vie en bonne santé qui compte, pas nécessairement la durée de vie. Vivre jusqu’à 150 ans si l’on est malade pendant un tiers de cette période, à quoi cela sert‑il ?Racontez‑nous quelque chose d’intéressant sur vous.En dehors du laboratoire, j’aime me lancer des défis sportifs. J’ai toujours joué au basket et je continue d’ailleurs à le faire avec un groupe de professeures et professeurs de l’EPFL et de l’UNIL. Mais pendant mon séjour en Californie, j’ai beaucoup pratiqué l’escalade.Mon objectif était de gravir El Capitan, dans la vallée de Yosemite. Cela a été un long processus. Mon partenaire et moi avons dû réaliser de nombreuses autres ascensions pour nous préparer et acquérir les compétences que nous ne maîtrisions pas encore. Nous y sommes parvenus quelques mois avant de déménager en Suisse ; c’était donc un rêve devenu réalité et une belle façon de clore ce chapitre. Maintenant, j’ai hâte de vivre de nouvelles aventures dans les Alpes !
«La durée de vie en bonne santé importe plus que vivre longtemps»
Professeure à l’EPFL, Paloma Navarro étudie comment le système immunitaire modifie le cerveau vieillissant et comment ces changements pourraient un jour être ciblés pour aider les gens à rester plus longtemps en bonne santé.









